Préparons le prochain siècle ensemble !

Je souviens – choral

Je me souviens,

c’était en 1957 peut-être, j’avais 5 ans, j’habitais avec mes parents en face des facs (boulevard de la Défense). Entre Dijon et Mirande s’étendaient des champs, des terrains vagues (il en reste des arbres fruitiers). Sur la route de Mirande, il y avait une scierie. Mon père, adjudant à la Base Aérienne de Longvic allait chaque matin au travail en vélo. Il bricolait beaucoup, avait creusé pour construire un mur. Que faire des gravats ? Chaque matin il remplissait un sac qu’il mettait sur son porte-bagage et vidait dans les terrains vagues.

Je me souviens, en 1957 donc, j’ai entendu dire, un tantôt, que le général De Gaulle était là, et qu’il inaugurait solennellement la fac de sciences, la première des facs. Par la suite ma (grande) sœur se faisait photographier devant la fac et les statues pour envoyer des photos à ses amis et amies. C’étaient vraiment de belles facs.

 

Je me souviens

de mes années passées à l’université de Dijon, précisément de 1959 à 1962, et qui furent partagées en deux phases, l’une à la tonalité historique inspirée par le décor, et l’autre, nouvelle, moderne, à côté de la faculté de sciences, boulevard Gabriel, en haut de la ville.

Je me souviens de l’Ecole de Droit, au cœur du vieux Dijon, et de sa cour carrée autour de laquelle s’articulaient toutes les disciplines juridiques et spécialités, en cette époque où les effectifs encore modestes permettaient une fréquentation commune très joyeuse.

Je me souviens de l’étudiant Jean-François Bazin, qui me suivait dans le cursus, et dont j’ai découvert peu à peu les qualités littéraires, journalistiques, l’intérêt pour la vie politique, ainsi que le sens d’une amitié solide. Je crois l’avoir vu, certains jours, arriver au pied de la grande entrée de la fac, au guidon d’une mobylette, l’avoir perdu de vue puis retrouvé à Sciences-po Paris dans une présentation plus conforme au style ampoulé qui sévissait rue Saint-Guillaume.

Je me souviens d’avoir assisté à la leçon inaugurale administrée par Edgar Faure à la faculté de Droit au lendemain de son succès obtenu à l’agrégation de Droit romain. Je revois la mine réjouie, fière, de cet homme politique célèbre, venu étoffer sa palette et harcelé avec délice par la troupe des médias. Flanqué de son épouse Lucie, et accompagné par Jacques Duhamel, chauffeur de la Simca ??? pour l’occasion. Interviewé par le groupe d’étudiants dont je faisais partie, il testait les réactions de cette jeunesse.

 

Je me souviens

de la fierté et la joie de rentrer en fac pour préparer l’année de « propédeutique »

Je me souviens d’un amphi toujours rempli pour écouter un professeur de philosophie captivant …

Je me souviens du bonheur de travailler dans un silence total dans une ancienne chapelle (où se trouve la bibliothèque municipale).

Je me souviens d’aller avec les copines déguster une petite tarte au cassis dans une bonne pâtisserie à côté …

Mais je me souviens aussi de la terrible désillusion quand, à la nouvelle fac nous avons eu comme professeur d’allemand un vieux monsieur qui nous parlait en français !

 

Je me souviens

de l’unique bal de la Faculté des Sciences en 1961 (je crois ?). Bal très honorable, très animé.

L’orchestre à danser (de jazz ?) était à l’entrée du rez-de-chaussée comme dans une boîte de verre.

Il y avait également la chanteuse Barbara, magnifique et ses chansons profondes. J’étais à l’époque étudiante à l’école de Bactério du Professeur Chaffaut, de l’avenue Victor Hugo. J’ignorais alors que je ferais toute ma carrière professionnelle comme technicienne au laboratoire de physiologie de la nutrition du Professeur Guy Clément, puis les dernières années en Zoologie.

 

Je me souviens

avec joie de mes années d’études de langue car je pouvais enfin me baigner dans ce domaine qui me passionne. Je fréquentais avec assiduité amphithéâtres et bibliothèques. La Chorale, dirigée par Roger Toulet, permettait également de se frotter à diverses langues. A la cafet’ Mansart on pouvait croiser des étudiants de tous les pays, Mohammed, avec sa souris blanche sur l’épaule, Soufi, Max, qui collectaient nos tickets de repas, le rab réclamé par ceux qui trouvaient les rations trop maigres. L’ambiance était chaleureuse mais aussi, parfois, laborieuse.

Je me souviens, 1963-65. La cafétéria était tellement enfumée qu’il fallait descendre et chercher les amis dans le brouillard ! Mais quelle ambiance !

 

Je me souviens…

1964, à mon entrée à la Faculté des Sciences, boulevard Gabriel, je découvris tôt à la Corpo des étudiants l’événement que nous préparions chaque année : « La Nuit des Sciences », qui se déroulait au printemps et constituait l’un des principaux bals de l’année sur la place de Dijon. Nous consacrions plusieurs mois à préparer cette manifestation. Afin de réaliser les immenses panneaux, qui devaient obturer deux jours l’ensemble des baies du rez-de-chaussée de ce bâtiment, normalement dédié à l’enseignement et à la recherche, nous récupérions des chutes de rouleaux de papier journal.

Selon les années entre dix et vingt étudiants s’attelaient à la tâche de dessiner et de peindre des tableaux éphémères, qui se devaient de retenir l’attention des visiteurs de la soirée.

La partie buffet-buvette demandait aussi de l’investissement : achats de denrées, de boissons, installation de tables et de bancs, mais aussi embauche de serveurs ; notre gestionnaire de la cafétéria, Madame Panculicz, mobilisait sa famille afin d’assurer le service.

Deux groupes ou orchestres animaient la Nuit, l’un d’envergure nationale au rez-de-chaussée, entre autres sont venus « les Haricots rouges », le saxophoniste Guy Laffitte. Des orchestres régionaux opéraient au sous-sol ; ainsi sont intervenus les Professeurs Etienne Coquet, trompettiste et Michel Remoissenet, pianiste.

Le dimanche, nous nous retrouvions moins de vingt pour remettre en état les deux immenses halls de la Faculté afin qu’elle retrouve son état « normal » pour les activités du lundi.

Je me suis beaucoup engagé pendant la durée de mes études : j’ai présidé la commission « Nuit des Sciences » une année et, en tant que Président de la Corpo, j’ai participé activement à l’organisation une autre année.

Cet événement récurrent, qui n’a jamais connu d’incident grave, montre que les étudiants avaient envie de se retrouver nombreux dans un autre type d’activité, plus distrayant, dans les locaux où ils avaient l’habitude de vivre l’année.

 

Je me souviens

d’un jour de septembre 1964 où je suis venue m’inscrire en première année (MPC) de la fac Gabriel, et de bien d’autres jours ensuite dans cette fac, la première du campus. Ce bâtiment en forme de E et en comblanchien avait (et a toujours) ces deux statues de chaque côté de l’escalier.

Ce fut pour moi le début d’une formation et d’une activité professionnelle qui dura jusqu’à ma retraite, en 2004.

Quand je repense au bâtiment isolé dans un grand espace de verdure et que je le vois maintenant envahi de constructions….

 

Je me souviens…

Octobre 1964, mon baccalauréat en poche, j’intègre la Faculté de Sciences et me présente aux travaux pratiques de physique. Nous sommes accueillis par plusieurs enseignants et leur chef, un Monsieur brun à la voix fluette, nous explique l’organisation et le fonctionnement de ce type d’enseignement, nouveau pour moi sortant du lycée.

 

Je me souviens…

En octobre 1966, j’arrive dans les locaux de physique pour le passage d’un oral. J’entends hurler dans les salles et couloirs : « Ils n’apprennent pas leurs cours ! », c’était le chef des TP et le sort me l’avait désigné pour passer cet oral. Je dois dire que je n’en menais pas large…

Aux questions posées, je m’évertuais de répondre du mieux possible et l’enseignant écoutait jusqu’à ce qu’il m’interrompe au bout d’un quart d’heure : « Voilà un étudiant qui sait son cours ! » et il me félicita, le questionnement s’arrêtant-là.

Recruté à l’orée des années 70 par Norbert Gérard afin de préparer une thèse de troisième cycle, je fus proposé par lui au chef de Département de Génie Mécanique et Productique de l’époque Pierre Hartmann pour assurer les travaux pratiques de métallurgie sous sa responsabilité.

Pierre Hartmann et moi nous sommes reconnus, il était le physicien décrit ci-dessus.

J’ai eu à travailler avec lui pendant plusieurs décennies : il a été membre du jury de ma thèse ; quand il est devenu Directeur de l’IUT, j’ai souvent siégé au Conseil d’Administration et j’ai enseigné au centre du CNAM, qu’il a également dirigé. Et bien sûr, nous collaborions en tant que collègues du Département.

Homme charmant, très agréable à côtoyer, j’ai été particulièrement heureux qu’il participe à mon pot de départ à la retraite en 2010.

Passionné de sport, il a longtemps présidé le Dijon Université Club. Nous avons inauguré une plaque à sa mémoire, il y a quelques années, dans le hall du Département de Génie Mécanique et Productique.

 

Je me souviens

de tel enseignant refusant de quitter Chabot-Charny pour rejoindre le campus. Chaque semaine, il nous rejouait “Le dernier carré à Waterloo”. Mais en plus drôle.

Je me souviens qu’en 1967 le recteur de la faculté de Lettres a réuni les nouveaux étudiants pour les accueillir en première année.

Je me souviens de sa réflexion, qui m’avait fortement étonnée : « Vous allez étudier, obtenir des diplômes, mais ces diplômes ne vous assureront peut-être pas un emploi. » !!!

Je me souviens très bien que la faculté de Lettres se partageait un long bâtiment principal avec la faculté de Droit et que l’extension en arrondi des amphithéâtres Aristote et Platon n’existait pas encore.

Je me souviens de certains cours, le « vieux français » par exemple, étaient encore enseignés à l’ancienne faculté de Lettres de la rue Chabot-Charny.

Je me souviens qu’à cette époque-là, la plupart des étudiantes étaient logées rue du Docteur Maret et les étudiants dans les pavillons du campus (pavillon Rameau…etc…)

Je me souviens que rue du docteur Maret se tenait également un restaurant universitaire ouvert à tous ceux qui possédaient une carte d’inscription à l’université.

Je me souviens que de tous les restaurants universitaires de l’époque, Mansart, Montmusart, c’était à Maret que nous mangions le mieux.

Je me souviens que les étudiants en langues étrangères avaient des cours de diction dans des salles dotées de petites cabines individuelles, vitrées, équipées de matériel sonore de répétition, et surveillées par de jeunes professeurs, peut-être des lecteurs dont le pays d’origine correspondait à la langue enseignée, et qui, à tout moment, pouvaient intervenir pour corriger un accent défectueux, sans gêner ceux qui travaillaient dans les cabines voisines.

Je me souviens qu’à cette époque-là les étudiants en médecine et en pharmacie suivaient encore leurs cours dans l’ancien hôpital ;

Je me souviens d’avoir participé à un Bal de Médecine et Pharmacie, en robes longues et habits, dans le grand hall de la faculté du boulevard Jeanne d’Arc. Charles Aznavour était l’invité d’honneur.

Je me souviens du professeur d’Histoire anglaise qui nous a passionnés avec la guerre des roses, le règne d’Henri VIII, ses femmes (Barbe bleue), Elisabeth première…

Je me souviens que ce professeur nous faisait aussi écouter de la musique anglaise du XVIème siècle.

Je me souviens des Pilgrim’Progress, des Moll Flanders,

Je me souviens de Tom Swyers de Mice et Men…

Je me souviens,

Les cerises rougissent, l’herbe est saturée de vert, la nature exulte.

En entrant dans notre faculté de médecine toute neuve, on ne voit aucun étudiant studieux en pleine révision, les salles sont vides, mais en s’approchant du grand amphi, des bruits de voix d’abord confuses, deviennent plus fortes et plus audibles. Les discussions sont vives, des mots reviennent comme un mantra : Grève sine die, fin du mandarinat… Nous sommes en mai 1968 et l’université de Dijon en pleine ébullition a emboîté le pas à ses grandes sœurs parisiennes. Des leaders auto-proclamés sont sur l’estrade et animent le débat quand soudain apparaît un homme qui s’avance d’un pas ferme jusqu’au milieu du grand bureau, saisit le micro et proclame d’une voix forte : « Je m’appelle P.A. et je suis professeur agrégé ». Silence stupéfait dans la salle. Ce chirurgien respecté a su imposer sa présence dans cette ambiance contestataire survoltée et attirer notre attention.

 

Je me souviens

d’une conférence de Suzanne Bachelard venue nous parler de son père, le grand philosophe Gaston Bachelard.

Je me souviens avoir rencontré Vladimir Jankélévitch lors d’une conférence qu’il a donnée sur le sens de la vie.

Je me souviens des cours d’épistémologie de Mme Parain-Vial, grande admiratrice de Gabriel Marcel.

Etudiante en 1968, je me souviens des AG avec Jacques Sauvageot.

Je me souviens de l’attentat à la bombe le 7 octobre 1968 contre la librairie de l’UNEF, à l’époque au 103 rue de Mirande.

Je me souviens avoir obtenu ma maîtrise en 1968 malgré les événements de mai grâce à la bienveillance de mon directeur de recherche qui me recevait chez lui pour suivre les avancées de mon travail, la faculté étant occupée.

Je me souviens qu’il y avait une belle librairie chère aux étudiants au coin du boulevard Jeanne d’Arc et de la rue de Mirande. Hélas elle a disparu.

 

Je me souviens

qu’à l’occasion d’une excursion de géographie à Paris, fin mars 1968, nous logions à la fac de Nanterre. Une fac en ébullition (nous en avions eu quelques échos !), occupée jours et nuits par des étudiants. Nous découvrions des murs entièrement tapissés de grandes feuilles de papier badigeonnées de proclamations multicolores à la façon des « dazibaos » de la révolution culturelle chinoise. Dans le hall du bâtiment central, l’un de nous, habitué à mettre l’ambiance et s’improvisant « enragé », pousse une harangue révolutionnaire. C’est alors que bondit devant nous un rouquin aux cheveux hirsutes qui reprend la harangue : « camarades, arrêtez de déc…, rejoignez le mouvement du 22 mars ! ».

Ce diablotin (étudiant en sociologie nous dit-on) allait, au cours du mois de mai, faire trembler la Vème République…et sans doute avait-il, ce jour-là, planté quelques graines de révolution à la faculté des Lettres de Dijon.

 

Je me souviens…

Pendant mes études de médecine, mon professeur de parasitologie, Madame Rouget, m’a traité d’une parasitose, du vers solitaire (Tænia).

Elle m’a confié un grand bocal de chloroforme pour le conserver et le mettre en « exposition » à la faculté de pharmacie pour les étudiants.

Ces faits remontent à 50 ans.

Une partie de moi-même se trouve-t-elle toujours à l’université ?

 

Je me souviens

d’un Richard inattendu.

Je ne sais si c’était un effet de l’altitude du bâtiment de la faculté installée sur le nouveau campus ou des événements du mai de l’année précédente, mais quand j’ai repris les cours – après deux ans d’un séjour moins militaire qu’ultramarin offert alors aux jeunes gens par la République – j’ai senti un vent nouveau souffler dans les amphithéâtres de Montmuzard, plus vif en tous cas que sur les bancs un peu poussiéreux de la rue Chabot-Charny que j’avais connus auparavant.

Ainsi lors des leçons de littérature anglaise. Le professeur Grivelet traitait des pièces historiques de Shakespeare. C’était fort heureux car il avait consacré une bonne partie de ses travaux, dès son doctorat, au grand dramaturge de Stratford-upon-Avon et nageait avec aisance dans son œuvre dont il avait déjà donné des éditions bilingues. Il évoquait d’une humeur égale, le ton bonhomme, voire avec une mine gourmande et amusée, les pires atrocités élizabéthaines. Et il n’en manque pas. Mais c’était ordinairement en anglais.

Je ne sais plus comment l’idée est venue. On apprit qu’un jeune comédien avait mis en scène à Marseille un Richard II qui avait fait grande impression. Il devait le présenter à Paris, à l’Odéon.

Patrice Chéreau, à vingt-cinq ans, disciple de Giorgio Strehler et proche d’Antoine Bourseiller, faisait déjà parler de lui par ses mises en scène audacieuses. Au Théâtre de Sartrouville, qu’il venait de diriger, il avait donné d’improbables pièces chinoises et, au Théâtre du Huitième à Lyon, un Dom Juan qui suscitait autant d’enthousiasme que de réserves. Richard II ! Nous nous sommes plongés dans cette pièce. Le projet s’esquissa d’aller voir le spectacle à Paris et de rencontrer Chéreau pour parler avec lui de sa vision de la tragédie et de ses choix de mise en scène. Non comme de simples spectateurs, mais dans un cadre universitaire, dans une démarche pédagogique.

Il fallait d’abord convaincre M. Grivelet de l’intérêt d’une initiative qui pouvait avoir des répercussions directes sur son enseignement. Le Professeur accepterait-il une possible remise en cause de ses propres interprétations ? À trois ou quatre, nous nous sommes risqués. Et l’accueil de Michel Grivelet se révéla aussi positif que participatif, ce qui n’a rien de surprenant quand on sait le rôle qu’il jouera aux Affaires culturelles de la ville de Dijon ou au Festival des Nuits de Bourgogne. Oui, avec lui, on irait à l’Odéon, on essaierait d’échanger avec les comédiens. Mon grand âge, puisque j’étais aussi vieux que Chéreau, me désignait pour les contacts avec lui et notre maître se chargeait de convaincre l’administration de financer le transport. Ce qui fut fait. Dans mon souvenir, le lien ne fut pas trop difficile à établir avec la troupe. La durée de notre présence à Paris rendait difficile de véritables échanges. On verrait. Le jour dit, le car affrété par l’université de Dijon laissa un après-midi de janvier 1970 le groupe d’étudiants et d’étudiantes près du Luxembourg. On se retrouva pour la représentation.

Est-ce trop dire que ce fut un choc ? Certes, nous n’en étions plus aux matinées classiques que le théâtre municipal donnait autrefois dans notre bonne ville. Jacques Fornier et le Théâtre de Bourgogne nous avaient présenté, par exemple, un vivifiant Jules César. Mais là ! Peut-on imaginer, si on ne l’a pas vu, cet épais décor de sable qui recouvrait la scène et servait d’arène pour les combats ? Ces machines qui mettaient en branle roues, treuils et palans, dont les cordages ouvraient ou fermaient par un pont-levis le cheminement des personnages ? Ou transportaient le roi Richard sur une étonnante chaise volante ? Ces cris et ces fureurs ?

Le spectacle, haletant, durait plus de quatre heures. Il fut diversement applaudi, maigre récompense des acteurs qui s’investissaient totalement dans leur rôle. Au foyer sans doute, nous avons attendu le rapide démaquillage de Patrice Chéreau qui est venu accompagné – mais ma mémoire me trahit peut-être – par le jeune Gérard Desarthe qui interprétait Bolingbroke et par Daniel Hemilfork, un duc d’York au jeu et à la diction… surprenants. Sortis d’une certaine stupeur, nous avons surtout abordé les questions de la mise en scène et Chéreau a expliqué sa volonté de raconter une histoire par l’image et de donner son point de vue sur une tragédie politique étonnamment moderne décrivant le processus de prise du pouvoir par un ambitieux. Plus que la fatigue, l’heure du retour à Dijon eut raison des curiosités.

Richard II n’a pas bouleversé l’enseignement, bien sûr. Mais serait-ce exagéré de prétendre qu’il est alors sorti de sa dimension verticale, du seul rapport enseignant-enseigné, pour s’élargir à d’autres regards ? Qu’il s’est enrichi ? En tout cas, l’université a accepté ce modeste moment culturel, un signe, parmi d’autres sans doute, qu’elle s’ouvrait à des questionnements exogènes et les estimait féconds.

 

Je me souviens

résidence universitaire Mansart 1968-1969, pas de frigo on accrochait notre nourriture au frais ! En pendant des sacs en plastique aux fenêtres !

Bac 1968, celui qu’on a appelé le faux bac. Entrée CBBG après le bac.

Rentrée 1968. Petite provinciale (MACON) affolée par ce grand bâtiment si différent de mon petit lycée. Heureusement une vieille cousine dijonnaise est venue m’accompagner.

Fin 1969 : là sur le panneau d’affichage, il y a mon nom :

DESCHARNE Aline réussite aux IPES seule fille / 3.

1973 1 copain rencontré en ville me dit : “va voir à la fac tu es reçue à l’Agrégation”… impossible à croire…

Sortie en 1973 Agrégation de Sciences biologiques. Hommage affectueux à Mademoiselle Clémence Bagnard qui m’a soutenue et préparée aux écrits et aux oraux de l’agrégation

Carrière : à l’ENS Abidjan Côte d’Ivoire

Merci à l’école de la république qui a permis à une petite fille de milieu très défavorisé d’accéder à l’agrégation.

 

JE ME SOUVIENS

Comment ne pas avoir de souvenirs de l’atheneum quand ayant poursuivi mes études à Dijon, j’ai alors participé à la vie artistique de l’Université. J’ai ensuite eu la chance d’œuvrer durant ma carrière professionnelle au service de la vie culturelle bourguignonne, en particulier de la vie musicale et chorégraphique de la région (direction du Lab).

A combien de bons concerts et spectacles de danse ai-je assisté dans ce lieu au cours de ces années !

Je me souviens en particulier de certains concerts-lecture des étudiants de musicologie conduits par leur professeur Cyril Beros et leur directeur Daniel Durney dont celui consacré à Varèse.

Je me souviens également des concerts examens fin juin des étudiants de l’Ecole Supérieure de Musique. Pas besoin de radiateurs alors !

Je me souviens de concerts de chœurs.

Je me souviens de spectacles chorégraphiques audacieux et inoubliables.

Je me souviens également avec bonheur de certains vernissages d’expositions qui ne manquaient pas d’audace.

Je ne donnerai pas de références précises car ces souvenirs sont parfois lointains mais ils m’ont marquée.

Ce dont je me souviens fort bien et qui est toujours actuel, c’est l’accueil professionnel et amical que j’ai toujours reçu « là-haut » en particulier de la part des piliers de cette structure culturelle unique en son genre.

Mais avant, dans les années 1970, il y eut un projet atheneum !

J’étais alors secrétaire de la chorale universitaire que dirigeait Roger Toulet et qui proposait des programmes ambitieux (Bach, Haendel, Brahms et même les Noces de Stravinsky..) diffusés dans de bons festivals.

J’assistais aux réunions de toutes les associations culturelles subventionnées par le Crous et l’Université.

Dans ce cadre, un jour, le projet de l’atheneum nous a été présenté, par Claude Patriat je crois. Un rêve nous était proposé ! Comment oublier les débats animés concernant l’utilisation et le fonctionnement de ce lieu, déjà emblématique avant sa sortie de terre. De nombreuses questions fusaient : Structure étudiante exclusivement ? ou ouverte aux professionnels ? ouverte à la ville ou réservée au campus ? quelle diffusion y assurer ? Gratuité des spectacles ou pas ? quelle ouverture aux différents arts ? quelles subventions d’investissement et de fonctionnement ? quelle structure administrative ? Quelle direction ? quel bénévolat ?

Ce qui provoqua le plus de discussions fut l’utilisation de la grande salle.

Pour le théâtre en particulier, je me souviens des interventions de fortes personnalités comme Jean Maisonnave, directeur du Grenier de Bourgogne ou François le Pillouer, fondateur de Théâtre en Mai ou Sébastiano Tomarchio, directeur du Théâtre Universitaire International de Dijon…Chacun donnant avec brio son idée sur le projet. Belle prestation théâtrale, en tous les cas !

Sans doute d’autres personnes que moi gardent-elles ce souvenir en mémoire, peut-être l’ai-je transformé, peut-être ai-je oublié quelques interlocuteurs mémorables.

Je n’ai pas oublié cet « Avant » de l’atheneum.

L’atheneum a fait son chemin, la structure est devenue un Lieu incontournable de la vie culturelle non seulement universitaire mais plus généralement bourguignonne et franc-comtoise.

Longue vie à l’atheneum.

 

Je me souviens

de la cigarette, omniprésente. Dans les couloirs, on rejouait “Le Grand Bleu”, version nicotine. Le pauvre non-fumeur en était réduit à battre des records d’apnée (années 70-80).

Je me souviens d’une soirée Léo Ferré à l’amphi Aristote. C’était le temps de la chanson à texte et des soirées poétiques (environ 1970).

Je me souviens d’un festival Syberberg à l’amphi Aristote durant 2 jours. Depuis cet amphi reste associé, pour qui l’a vu, à l’image de A. Hitler sortant du tombeau de Richard Wagner (environ 1970).

 

Je me souviens,

c’était en 73 – ou plutôt en 74 – de la soirée enfumée et magnifiquement enchantée que vécurent quelques centaines de privilégiés conquis, entassés dans l’amphithéâtre Aristote – ou serait-ce Platon ? – pour écouter Maxime Le Forestier, voix chaude et textes ciselés, alors en pleine ascension vers la gloire de « ces années-là ».

Je me souviens du couloir obscur du 2ème étage, faculté des Lettres, où nous patientions dans l’attente du cours de linguistique ; et là, arrivant en contre-jour du palier central, tu es apparu, cheveux bouclés auréolés de lumière, inconscient (ou pas ?) du charme ingénu qui t’accompagnait. Voici bientôt 50 ans…

Je me souviens de l’odeur prégnante des peupliers après la pluie, sur le chemin qui menait du Resto U à la B.U.

Je me souviens du bus 9 qui gravissait (parfois péniblement, aux heures de pointe) la rue de Mirande, puis déversait sa portée d’étudiants boulevard Gabriel, devant la cafét’ Shell, où les attendaient parfois, à midi, œufs sur le plat, croque-monsieur ou omelette au gruyère, histoire de changer…

Je me souviens de quelques cours dispensés dans les hauteurs poussiéreuses de Chabot-Charny, par un très vieux monsieur – il avait au moins 65 ans – aux sourcils méphistophéliques et au nom d’oiseau, qui égrenait et commentait pendant des heures la liste d’appel, tandis que nos esprits s’envolaient.

Je me souviens du look de ces années-là : cheveux longs et jupes mini mini, pattes d’éph et barbes fournies, fleurs à foison, grands pendentifs et guitares : le campus avait un petit air de Woodstock…

 

Je me souviens

d’un matin glacial de l’hiver 1975, nous étions plus d’une centaine dans un amphi de mathématiques, en troisième année.

Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est ce type d’amphi dans lequel on entre par le haut, en franchissant une sorte de sas.

Le professeur venait de débuter son cours, commençant à couvrir de craie l’un des trois tableaux à disposition.

Or il y avait ce matin-là de nombreux retardataires, qui arrivaient au compte-goutte. Et, à chaque fois, vlan la première porte du sas, et re-vlan la deuxième porte du sas. Le professeur exposa un théorème (vlan-vlan), il entama sa démonstration (vlan-vlan) … et là, ce qui devait arriver arriva, il perdit patience. Il se tourna vers nous et lança d’une voix terrible : « Ce n’est quand même pas bien compliqué d’arriver à l’heure ! Le prochain, vous pouvez me croire, il va le sentir passer… »

Ce professeur n’avait pas coutume de plaisanter. Ce fut donc dans un grand silence que le cours se poursuivit, chacun jetant des regards furtifs autour de lui, curieux de savoir sur qui la foudre allait tomber…car il n’y avait pour nous aucun doute… elle allait tomber.

Vlan, porte extérieure, tous les étudiants se retournent, le professeur s’interrompt, et vlan, porte intérieure… Et apparaît un étudiant africain, qui s’arrête stupéfait en haut des gradins, ne comprenant pas pourquoi tout le monde le regarde. Il ne porte pas de manteau, il est visiblement transi et très anxieux.

Le professeur, les bras écartés, resta lui aussi immobile un instant… et puis reprit son cours comme si de rien n’était.

Vous imaginez les débats qui s’ensuivirent, j’ai d’ailleurs ouï dire qu’ils se poursuivent encore…

 

Je me souviens

que j’ai effectué la quasi-totalité de mon professorat à l’IUT Dijon Dpt GMP, je garde de cette structure un excellent souvenir. Possibilité d’évolution de carrière, liberté de dispenser nos enseignements, …. Jeune professeur arrivant d’un lycée j’avais été étonné, dans le bon sens du terme, en septembre 1975 par l’attitude décontractée de Pierre Hartmann alors Directeur de l’IUT et celle de Norbert Gérard Directeur du Dpt GMP alors qu’ils accueillaient les étudiants de 1ère année GMP dans l’atelier. En effet c’est debout sur un établi qu’ils avaient informé la centaine d’étudiants réunis à cette occasion. Chose impensable en lycée où la hiérarchie se montrait « intraitable » sur le respect de son statut.

Je n’oublie pas non plus le soutien personnel de Norbert Gérard en 1977. Dans le cadre d’une évolution de carrière en 1975, suite à la réussite à un concours, je fus inspecté plus tard à l’IUT par un inspecteur général de l’EN. Ce dernier ayant formulé un commentaire inapproprié à mon encontre quant à la manière de mener ma pédagogie, Norbert Gérard l’interrompit poliment mais fermement par un « ici c’est comme cela qu’on procède ».

Une note particulière à l’adresse de Patrick Danaudière qui malgré 2 refus initiaux de ma part a réussi à me convaincre d’accepter la charge de Directeur des Travaux en GMP. Expérience enrichissante cette fois-ci vis à vis d’une fonction qui m’avait laissé un goût amer en 1978, le tout ponctué par un « merci pour ce que tu as fait » auquel je ne m’attendais pas lors de ma cessation d’activités en 2009.

 

Je me souviens…

Enseignant à l’IUT de 1973 à 2010, département de Génie Mécanique et Productique, j’ai vécu beaucoup d’événements mais celui que je vous raconte ici, m’a particulièrement marqué.

C’était un jour de 1976, sortant de mon enseignement pour me rendre en face à l’administration de l’IUT, j’aperçus sur le gazon un homme assez grand, en combinaison de travail, le crâne dégagé, s’affairant autour d’un parallélépipède en béton entouré d’une multitude de rouages et pièces métalliques, qu’il cherchait à intégrer au solide en maniant la truelle.

C’est ainsi que je découvrais la création de l’œuvre intitulée « Divisionis Mechanica Fossilia » qu’était en train de réaliser le célèbre artiste Arman, structure érigée devant le bâtiment de Génie Mécanique et Productique.

Mes enseignements terminés, ma curiosité m’incita à revenir assister à la poursuite de l’édification. L’artiste avait été rejoint par notre collègue Norbert Gérard qui, dans son désir de participation avait proposé sa collaboration, s’improvisant petite main : il triait les pièces et les mettait à disposition de l’artiste selon les besoins et les indications de celui-ci.

A la fin de la journée, l’œuvre terminée mesurait 5 mètres de hauteur et 2,5 mètres au carré de section et était constituée de béton et de métal. C’est l’une des premières structures de grandes dimensions réalisées par le Maître, après celle de Milan en 1971, sur la centaine qu’il a érigées dans le Monde entier.

Je dois dire que j’ai vécu là des moments intenses, d’autant plus que dans ma vie plus jamais je n’ai retrouvé une telle occasion d’assister à la réalisation d’une œuvre.

A ceux, qui n’ont jamais eu d’intérêt pour cette œuvre, Arman a voulu montrer la place des objets dans le domaine artistique et a désiré laisser à la postérité une virulente critique de la société de consommation génératrice de grandes quantités de déchets.

Je me souviens de cet aphorisme tracé au feutre et au mur de la cafétéria sous l’amphi de droit de Villetaneuse (??) en 1976…

J’y repense souvent quand je descends à la cafétéria du bâtiment droit-lettres pour chercher un thé noir…

 

Je me souviens

de Suzanne Roth, » Mademoiselle Roth « , professeur de littérature au département de Lettres modernes.

En 1978, elle nous préparait à l’explication de texte de l’oral du CAPES de Lettres modernes. Redoutée par beaucoup pour son exigence, elle était fascinante : savoir-faire, précision, fougue que traduisait son débit rapide, immense culture … Elle avait l’art d’éclairer les textes et de les faire vivre, de les agrandir, de les approfondir et de nous donner confiance en nous.

L’écouter reprendre les textes après la prestation de l’un de nous constitua l’un des moments les plus formateurs de mes études et je lui dois, outre une place de deuxième au CAPES, une vraie passion pour cet exercice : l’explication de texte.

Cette année-là, elle nous a entrainées intensivement, Catherine C. et moi, nous accordant son temps et sa confiance.

Je ne sais pas si je l’ai assez remerciée : sa formation et son exemple, sa vision énergique, passionnée et sereine à la fois de la vie, ont illuminé mon parcours de jeune professeure et de lectrice.

Peut-être lira-t-elle ce témoignage et aurais-je ainsi pu lui dire toute ma gratitude.

 

Je me souviens

des années 80

Je me souviens de ces années zinzin

Je me souviens mes années iutiennes

Je me souviens des bâtiments droit-lettres aux figures anciennes

Je me souviens des amphis bondés

Je me souviens des doyens stressés

Je me souviens de gens sérieux

Je me souviens de moments heureux

Je me souviens des quarante-huit heures coincée dans un ascenseur

Je me souviens des turbulences

Je me souviens de l’insouciance

Je me souviens de notre moindre pitance

Je me souviens de la cité U

Je me souviens du tohu-bohu

Je me souviens des débats métaphysiques

Je me souviens des jours épiques

Je me souviens des journées de grève

Je me souviens des jours sans trêve

Je me souviens du mois de juillet

Je me souviens qu’il venait de Sainte-Pallaye

Je me souviens de notre rencontre magique

Je me souviens de cette pause idyllique

Je me souviens du lien qui nous unit

Je me souviens de notre vie

Je me souviens du Suaps

Je me souviens du temps qui passe

Je me souviens de ma carrière à l’uB

Je me souviens de la pyramide s’élevant fac Mirande en tube

Je me souviens de la cafet droit-lettres

Je me souviens des disquettes

Je me souviens des chaînes d’inscription

Je me souviens des jeunes en cours d’instruction

Je me souviens de mes trente ans de carrière

Je me souviens de cet hiver

Je me souviens des présidents

Je me souviens d’instants trépidants

Je me souviens du bon vieux temps

Je me souviens des ans.

 

Je me souviens

d’un cours de chimie organique en faculté de pharmacie. Notre professeur était toujours précis et concentré, et ses démonstrations étaient vraiment magistrales. Tout à coup, il se retourne vers nous, cessant d’écrire au tableau, visage ému. Il déclare : « Vous savez, à ce moment précis a lieu la cérémonie d’adieu à mon professeur vénéré, Monsieur Tron, cela me peine de ne pas y participer, et d’être séparé de lui définitivement.

Je me souviens de travaux pratiques en faculté de pharmacie. Dans les deux dernières années d’étude, nous faisions des analyses concernant les prélèvements faits à l’hôpital voisin. Cela servant de vérification. Lors de l’une de ces séances, j’ai tout recommencé trois fois, découvrant toujours le même résultat : une formule sanguine aberrante. La semaine suivante, le professeur m’a félicitée pour mon insistance, et surtout parce que les résultats étaient justes. Je me souviens avoir souvent pensé à cette personne dont la formule sanguine était défaillante. Était-ce un enfant ? Un adulte en fin de vie ?

Je me souviens d’avoir été sollicitée par un professeur de pharmacie pour exposer un cours sur une parasitose, causes, personnes les plus atteintes selon l’origine géographique et selon l’âge, traitements possibles.

Je me souviens que le jour J, j’avais oublié mes supports d’exposé alors que le professeur me sollicitait dès le début du cours. Je me souviens qu’elle m’a proposé de faire l’exposé après le repos de l’intercours, afin d’en réécrire les grandes lignes. Je me souviens d’avoir bien maîtrisé mon sujet, sans jeter un œil sur mes écrits, mais surtout, de m’être rendu compte qu’en bas de l’amphithéâtre on voyait nettement tout ce que les étudiants pouvaient faire en cours. Quelle leçon !

 

Je me souviens

qu’en faculté de pharmacie un professeur de parasitologie descendait les escaliers de l’amphi en commençant son cours, il terminait en montant vers la sortie et en concluant son cours. Nous écrivions la dernière phrase alors qu’il avait disparu.

 

Je me souviens

un jour à l’université, dans l’amphithéâtre Proudhon, à la faculté de Droit. L’adjoint au maire enjoint aux étudiants de consulter leur GAFA (Grands Arrêts de la Jurisprudence Administrative) Mais c’est à un autre exercice que vont se livrer les étudiants de deuxième année de droit : se mettre ou non en grève contre la déforme DEVAQUET. Si cet amphithéâtre se décide, c’est une bascule pour le campus et au-delà : DIJON est l’une des trois universités en pointe avec VILLETANEUSE et CAEN. A la chaire, on s’étrangle pour empêcher la tenue du scrutin. Ne suffirait-il pas, comme à Chabot-Charny en 1969, de s’enfermer avec une garde rapprochée pour riposter ? Nous descendons et ferraillons pour expliquer le mouvement et imposer le vote. La tension est très vive.

Un renfort inattendu se présente. Les portes battantes s’entrouvrent doucement et apparaît une petite équipe du journal télévisé régional. La caméra tourne sous les projecteurs allumés. L’affrontement politique devient spectaculaire. Pour l’élu municipal il n’est plus possible d’user de son autorité pour empêcher les étudiants juristes de se prononcer. Après ce qu’il avait vécu en 68, tout recommence ! Tous les présents comprennent les enjeux d’une mobilisation contre le gouvernement de la cohabitation. Libérés de leur tutelle, les juristes votent la grève sous les caméras. Ce sera décisif.

 

Je me souviens

un jour à l’université, dans l’amphithéâtre Aristote, à la faculté de Lettres. Il en manquait un à l’appel. L’un de nous avait perdu un œil. Puis les voltigeurs avaient fauché Malik Oussekine et nos joies avec. Tout prit en gravité. En trois jours, la réforme fut retirée. Aujourd’hui, sur les bancs, il n’y a pas que des étudiants. Ils sont là pour comprendre. La foule et le chagrin sont tels qu’Aristote et Platon ne peuvent les contenir. Que faire de cette amère histoire ? Chacun ressent le destin qui nous lie. Les quelques-uns qui avions fait de Dijon le fer de lance du mouvement sont investis de questions et de regards implorants. Que faire ? Aller au-delà, renverser le gouvernement de cohabitation ? Je comprends soudainement le pouvoir. Mais pas plus que les autres, nous ne savons. Personne ne choisit de s’emparer du pouvoir. Advienne alors ce qu’il y a, en fait, entre nous. C’est une conscience. Elle ne survivra pas. Mais là, elle nous porte à 10000, en silence, dans la rue de la, non, de notre liberté.

 

Je me souviens

du restau U Montmuzard et des yaourts à la cerise, de la queue dans les escaliers et des étudiants en sport qui escaladaient les rampes et faisaient des bagarres de yaourts.

Je me souviens des carnavals où même les profs étaient déguisés.

Je me souviens de la longue marche depuis le boulevard jusqu’à l’IUT au fond du campus.

Je me souviens que le vendredi on avait plus le temps et on allait déjeuner au restaurant Mansard, plus loin mais meilleur.

Je me souviens de la bibliothèque et des petites fiches en carton.

 

Je me souviens

que l’IUT Génie mécanique devait participer à une course avec un véhicule qui devait rouler le plus longtemps possible avec un seul litre d’essence. Le véhicule devait donc être très léger et le pilote aussi. Les gars de Génie mécanique sont donc venus naturellement recruter en « carrières de l’information », où les filles étaient très largement majoritaires. A l’époque j’étais toujours aussi petite que maintenant mais beaucoup plus légère. Ils m’ont donc proposé de participer à l’aventure. Une autre fille de ma classe était également sélectionnée. Nous avons donc participé aux essais. Hélas, si j’étais la plus légère j’étais aussi la moins douée pour le pilotage ! Les constructeurs ont donc logiquement préféré garantir l’intégrité de leur machine et ont retenu l’autre pilote pour participer à la course. Nous sommes quand même tous partis à Paris pour la compétition. J’étais là en tant que pilote remplaçante. Je me souviens de l’ambiance survoltée dans les gradins. Plus que sur le circuit car les véhicules, pour économiques qu’ils fussent, n’étaient pas très rapides, ce qui nuit grandement au spectacle.

Nous avons fini deuxième, après une grande école d’ingénieurs.

 

Je me souviens

des terrains de foot qui occupaient l’espace aujourd’hui occupé par la MSH, l’IAE, l’AFE…

Des sous-sols de Droit-lettres, sorte de no man’s land…

Des cortèges et occupations d’amphi pendant les réformes Devaquet.

 

Je me souviens

un jour à l’université, alors que la Maison de l’Étudiant et la Maison de l’Université n’étaient pas encore construites. Mon ami conduisait une citroën Mehari rose fluo sur le terrain qui se trouvait alors ici, entouré de pelouse. Il voulait impressionner les étudiantes américaines venues assister aux cours internationaux d’été. Il a voulu faire un tremplin sur une butte de terre, pensant décoller comme un avion. Il est retombé à plat, manquant de casser sa voiture en 2.

 

Je me souviens

de ces hordes d’enfants du peuple autorisés massivement à accéder à la fac, de toutes les couleurs même si gênées un temps aux entournures dans un lieu qui n’avait pas été pensé pour elles, timides donc, mais pleines de gourmandise.

Je me souviens de cette gauche déjà bien ramollie qui fêtait dans de trop grandes pompes une révolution soudain ripolinée, mais encore pétrie de bonnes intentions, et la politique dite des « 80% au bac » en était en partie une. Cette gauche caviar où des Bérégovoy ou des Krasucki veillaient encore au grain, à s’en bouffer la voix ou la vie, un mur s’effondrait à l’Est et juste avant les ouvriers de la Peuge tendaient un poing victorieux, pas loin d’ici.

Je me souviens de ce restant de la colère de dieu, qui découvrait avide le campus, ses piaules de cité U électrisées à 110 watts, ses cafet’ généreuses aux prix modiques, ses figures intellectuelles qui savaient, telle Mme Goguel, en psycho-socio, toucher au cœur cette jeunesse encombrée en même temps que celle petite bourgeoise avec qui il était facile de s’acoquiner car débarrassée de sa part la plus clinquante, partie en prépa, en école de commerce ou à sciences-po, et car les ponts entre les monde étaient d’or, de soif et de son, que les voix se mêlaient et s’éraillaient à emmerder le Front national ou saluer la Vache qui rit. Le peuple uni ne sera jamais vaincu.

 

Je me souviens

de ce cours de civilisation autrichienne… (2e année de DEUG LEA). Lorsque notre prof a demandé quels étaient les étudiants venus d’autres horizons… j’ai levé la main (j’arrivais de la fac d’Angers,1ère année LEA-redoublée😬 ) et ma voisine de table également (parachutée d’un BTS). Nous sommes depuis devenues amies pour la vie, amitié indéfectible depuis plus de 30 ans.

 

Je me souviens

de cette première matinée en septembre 1989, j’avais 21 ans, un BTS en poche et j’intégrais la 2ème année de DEUG en LEA (Langues Etrangères Appliquées) à l’Université de Dijon.

Ce jour-là, le temps avait choisi d’être au diapason de mon humeur, maussade.

Sans avoir la boule au ventre, j’étais inquiète, inquiète de ne connaître personne, d’être au milieu d’étudiants qui avaient déjà vécu ensemble une année scolaire riche d’efforts, d’entraide et de fous-rires partagés.

Je les voyais manifester leur joie de se retrouver, échanger des sourires, parler de leurs vacances, leurs projets. Quelques autres se trouvaient comme moi, un peu perdus, isolés. Et parmi eux, une jeune fille.

Je ne savais pas alors que cette année allait être le commencement d’une très belle amitié qui dure maintenant depuis plus de 30 ans…

 

Je me souviens

du cours de M. Foyard, dans une grande salle de la fac de Lettres. J’étais tout au fond, mais je ne ratais rien de sa gestuelle, très maniérée et démonstrative, collant avec art à ses inflexions chantantes. Il nous présentait une matière dont j’ignorais tout, mais qui m’attirait beaucoup : la stylistique. A la fin, et alors que les chaises commençaient à racler le sol et qu’un brouhaha enflait progressivement, il nous arrêta d’un geste théâtral, en cassant son poignet droit, paume tendue au ciel, menton relevé crânement : “Pour conclure, il y a deux sortes de stylistique : la stylistique triste, et la stylistique (pause : main ramenée sur l’épaule, puis s’ouvrant pour appuyer l’effet) gay.

Magistral.

 

Je me souviens

des cours de M. Reynaud, qui n’hésitait pas à se vautrer sur le bureau, à bondir dans les allées de l’amphi un micro fictif en main pour solliciter nos interventions, sans jamais se départir de son phrasé très XIXème, sans jamais concéder la moindre baisse de régime à la qualité de ses cours.

Je me souviens des cours de M. Gaillard, de haute-volée, qui nous laissaient pantois dans l’amphi, ponctués d’une formule récurrente, sincère, inquiète : « Est-ce bien clair ? » Personne n’osait répondre. Je me souviens que, même si j’étais loin d’être une étudiante assidue, je n’ai raté qu’un seul de ses cours, parce que je passais le permis de conduire.

Je me souviens des cours de M. Lecomte, nous devions tour à tour présenter un exposé. Sur l’estrade, intimidé.e, chacun chacune s’évertuait à manier la langue et les concepts avec une certaine tenue, certains d’entre nous s’accrochaient au regard d’un.e ami.e pour contrer leurs appréhensions. Aline est arrivée décontractée, nous a résumé l’extrait du roman qu’elle présentait, Stendhal, Le rouge et le noir, peut-être, dans une langue très familière, voire triviale. Elle ne s’est pas retenue de mettre les pieds sur le bureau et, tout en se balançant sur sa chaise avec un naturel confondant, a filé son exposé, désinvolte, bluffante. Respect.

Je me souviens, un jour à l’université, d’une troupe de théâtre, qui ne s’appelait peut-être pas encore les 26000 couverts, et qui était venue incognito à la fac. Je savais qu’une de leurs interventions avaient lieu dans un amphi de Droit, alors exceptionnellement je me suis glissée parmi les étudiants et installée dans les rangs de l’amphi. Philippe Nicolle et Pascal Rome, les deux comédiens, sont arrivés l’un en blouse blanche l’autre en costard, si je me souviens bien, avec des binocles et un chariot d’accessoires pseudo-scientifiques, et ont déroulé un cours tissé d’absurdités avec le plus grand sérieux. Je les entends encore répéter d’un air docte : “Poissssssssson, poizzzzzon. Poisssssssson, poizzzzzzzon”. J’ai commencé à rire, bien sûr, mais je me suis vite fait tancer par mes voisins voisines ; “Chut, on ne se moque pas ! “ Et j’ai assisté, ébahie, à un spectacle très drôle où les spectateurs-malgré-eux s’évertuaient à ne pas rire, et à prendre des notes. Expérience confondante s’il en est. Un peu plus tard dans la journée, les comédiens, plus nombreux, étaient dispersés dans la BU. A un signal donné, ils se sont mis à lire en chuchotant, ont petit à petit fait monter le volume sonore, jusqu’à crier, puis l’ont fait décroître jusqu’au murmure et finalement au silence. Expérience troublante, là encore, et peu d’étudiants ont réagi, sinon pour sourire, une fois le silence revenu, comme après une vision.

 

Je me souviens

de la salle de concert à l’Acropole. Je me tenais aux tuyaux fixés au plafond pour ne pas tomber lors des concerts punks. J’étais comme un métronome désaccordé. C’était physique.

 

Je me souviens

d’un petit travail d’étudiant, qui consistait à tenir la loge de la fac Gabriel. Un travail de nuit. Cette fois-ci, je m’y étais rendu sans avoir dormi. Evidemment, je me suis endormi. Le lendemain matin, trois cents étudiants et leurs enseignants attendaient devant les vitres et m’observaient, affalé. Ils ont frappé aux vitres et j’ai bien voulu leur ouvrir.

 

Je me souviens

qu’à trois étudiants et un rmiste, nous habitions pendant les années 90 dans une maison perchée sur le haut de la fac de Dijon, que les gens appelaient la maison bleue ou encore la maison des babos.

Chez nous, les jeunes agités de la ville, ou d’ailleurs, venaient frapper à la porte, envoyés par on ne savait jamais tellement qui, et se posaient le temps d’escales plus ou moins longues et toujours très enfumées. Parfois, les soirs d’été, nous traversions la rue pour aller nous vautrer sur l’immense gazon du campus universitaire où nous fumions des joints, et nous rigolions, et nous nous pavanions d’avoir un aussi grand jardin !

D’expériences en expériences nous en vînmes une nuit à ingurgiter des champignons hallucinogènes en grande quantité, car, parmi la faune dijonnaise, il était de tradition d’en consommer tous les ans au début de l’automne. Et donc, nous revoici sur cette fameuse pelouse du campus, de nuit, à plat ventre, complètement illuminés, à se prendre pour des taupes, et à ramper comme des vers de terres. C’est alors qu’un ami de l’époque, qui s’appelait Costa, un véritable traîne savate professionnel, d’au moins dix ans de plus que nous, me tapota sur l’épaule, et me désigna le dénivelé qui servait de séparation entre le terrain de la fac et notre rue. Et il me dit : « hé gros, regarde, délire, y’a une course d’autruches dans le fossé, elles ont des brassards, avec des couleurs, et des numéros, c’est la jaune qu’est en tête, la numéro trois. » Et à ce moment-là, vous me croirez si vous le voulez ou non, je jure, sur tout ce que j’ai de plus cher au monde, sur la tête de mes enfants et sur le sacro-saint vin de bourgogne, que cette course, là, dans le fossé, avec des autruches, des autruches avec des brassards, avec des brassards en couleur, et des numéros, et bein cette course, là, je l’ai vue… Sauf que pour moi, c’était la numéro cinq qui était en tête.

 

Je me souviens,

avec douceur, de cette époque, où nous avons usé nos jean’s sur les bancs des amphis de la fac Mirande. Je traînais mes bottes et mes sacs, nous formions un trio de copines sorties du lycée en quête d’un avenir professionnel. Une envie, des incertitudes quant au lendemain, après un bac D, il n’y avait pas 36 solutions. Filières universitaires que l’on savait bouchées déjà, 800 et quelques sur les bancs avant l’écrémage. Il fallait étudier et bosser l’été pour mes parents qui n’avaient pas eu le bac. Première extase, la liberté de ne plus devoir se justifier d’aller en cours sur ce campus immense où l’on devient anonyme. J’allais vite entendre que cela n’allait pas durer plus d’un semestre. Qu’il n’y aurait pas deux premières années financées et gna-gna-gna … Qu’il faudrait choisir chimie ou bio. Que je recroiserais mon instit de CM2 entre Gabriel et Mirande un jour et qu’elle se rappellerait de moi, écolière..

Erlenmeyer, bécher. Ce sont de jolis mots, non ? Moi j’ai aimé leur connotation allemande avant même de les ranger dans les armoires de la chimie universitaire. Ce sont de beaux objets dans lesquels on peut agiter, titrer, chauffer, solvants et solutés. Petite préférence pour la manipulation rigoureuse de l’ampoule à décanter dans laquelle on peut mélanger, séparer et extraire…Trois mots importants dans une vie. Se rappeler encore de ce contact si particulier avec le verre de l’ampoule si fragile. La précision de chaque geste, l’apparition attendue des deux phases et l’extraction grâce au robinet, suspens. Surtout ne pas l’échapper et ruiner un TP de 5h… Décantation, on comprend mieux la nécessité de laisser décanter les événements, tout le monde n’a pas le même seuil de patience.

Diplodocus et trilobite. Je repense à l’allure soviétique (c’est une question de point de vue et une longue histoire) de la fac Gabriel dans laquelle mon esprit ne brûlait pas trop, mon amoureux était fan de Johnny. La chimie et la chiralité des molécules, pas trop mon truc. Alors mon esprit croisait les diplodocus dessinés par mon binôme. Je revois encore nos têtes face au prof constatant le délit, désespéré par notre manque d’intérêt pour le TD ou amusé par notre culpabilité relative…

J’entends rire mon binôme face à ma propre surprise lors d’un partiel de géol, (on enlevait toutes les fins de mots des disciplines, c’était la règle). Loin d’exceller dans le domaine, j’ai retourné l’échantillon dont l’identité ne m’inspirait pas, miracle, le nom y figurait. Trilobite donc. Les sciences recèlent des mots aux syllabes étonnantes. C’est ainsi que j’ai assuré le minimum syndical côté note. Je ne parlerai pas des lectures de cartes où j’ai toujours été incapable de jouer avec les courbes de niveaux, moi qui ne connais pas ma droite de ma gauche.

Zool … Je me revois tenter de dessiner des criquets sortis d’un bocal de formol puant toujours sous l’œil amusé de mon binôme, les proportions que j’avais tentées le rendaient difforme, le criquet, quand je pense qu’aujourd’hui j’enseigne le dessin d’observation aux élèves. Et me passionne pour la systématique qui à l’époque m’a valu quelques insomnies les veilles de partiels. J’ai précieusement gardé quelques mots que j’aime toujours prononcer, et pas que pour faire l’intéressante, (c’est comme certains bouts de phrases en langues étrangères qu’on ne peut rayer de notre mémoire), mus musculus et nephrops norvegicus. Tellement stylés diraient mes fils. On n’a pas tous cette chance incroyable de disséquer une langoustine, d’écrire en italique l’identité d’une souris pas très verte ou de fumer un cylindre pour tracer les contractions musculaires d’un pauvre batracien décérébré. Ignoble de décérébrer cette pauvre bête, moi qui enfant adorais les capturer dans la Tille, sentir leur pulsation et observer leurs gros yeux, avant de les rendre à leur lit.

Je m’arrêterai là pour le côté pas très glorieux de ces années où nous avons rempli un cimetière d’animaux de diverses classes et genres.

Phy A ou phy V. Drôles, les acronymes incompréhensibles qui agacent toute personne étrangère au truc. Tendance irrépressible dans l’éducation nationale, tous les conjoints vous le diront. Contraction optimisée aussi de l’oreille de mon binôme, posée sur la paillasse du labo, dont il fallait prélever du sang pour faire une formule globulaire par centrifugation… Je lui ai massacré le lobe avec une lame de rasoir pour recueillir quelques gouttes de sang. Je crois qu’elle m’en veut toujours un peu même si elle en rit. Jaune sans doute. Époque où la législation devait ignorer l’épidémie VIH.

Et puis, les chemises hawaïennes d’un pote aux cheveux longs que ma grand-mère avait appelé Mademoiselle, un jour où il venait me piquer mes cours (car il séchait grave comme diraient les jeunes), il m’avait dit : elle est drôle ta grand-mère avec un sourire rocailleux…. Le même, qui avait aspiré de l’acide ou de la soude je ne sais plus très bien, un jour à Gabriel, à qui un prof excité à lunettes avait caustiquement proposé une neutralisation à la soude ou l’acide, je ne sais toujours pas, une affaire de pH donc, mais surtout qui lui avait imposé de nouer ses longs cheveux pour éviter que le bec bunsen lui crame la tignasse. Et puis le blouson rock’n roll de son binôme, le contraste de style trop classe, leur rupture, amicale, ça n’arrive pas qu’en amour, silence total pendant un TP avec ampoule, où la prof avec un humour vrai, leur a dit : Alors ça y est le divorce est prononcé ? C’était donc une époque où l’on tentait de faire parler les courbes de densité optique à notre façon parce que notre avenir en dépendait, (on connaissait la musique, les places étaient chères dans le cursus n+1), où l’on extrayait des corps gras, pipetait du chloroforme, pendant cinq heures, avec des pipettes douteuses mais le doute on le rangeait au placard.

Les années 90, une autre dimension. Aujourd’hui, tout cela existe-t-il encore ? L’institution aurait perdu le goût du risque ! Le distanciel ça casse un peu l’ambiance, non ?

J »ai conservé mon cahier de TP de Phy A, précieusement car j’aime les cahiers, les beaux graphiques et les couleurs des chapitres. Un jour, il faudra bien que je le jette ou que je le lègue… Mais à qui ? Mes fils n’ont pas eu la même appétence pour les sciences de la vie. On ne peut pas tout contrôler dans ce monde, ça je le sais bien.

Quand le trio se reforme, on ne peut s’empêcher d’ouvrir la boîte …

Les heures magistrales de cours à écouter des profs plus ou moins passionnants et passionnés, à recopier des formules de molécules qui faisaient la taille du tableau.

Le petit foulard improbable du prof de bioch.

Les menus de nos prochaines chouilles ce qui agaçait nos voisins dans l’amphi.

Nos escarpins et nos tailleurs faits maison, pour jouer aux princesses.

Nos trajets en Ford fiesta puis en 4L.

Nos sandwichs faits maison consommés à la cafét du sous-sol de Mirande pour économiser notre argent de poche,

Nos programmes de révision au dernier moment intégrant des séances en piscine dans un mois de juin glacial où nous avions le bassin de 50 m pour nous seules… Et chaque fois se dire qu’on anticipera mieux la saison suivante avec un été digne de ce nom mais à cette époque le réchauffement climatique n’était pas au programme…

Nos coups de poker, des impasses de taille, tombera ou tombera pas, sur cinq matières du semestre d’un module, une seule tombait et un tout petit chapitre aux écrits. Et puis le prof ne reviendra pas de Hongrie corriger ses copies. C’est ainsi que l’indice de Kovats est devenu un souvenir légendaire et m’a valu un regard noir dans l’amphi un jour de juin. Ce qu’elle ne savait la fille aux yeux noirs, c’est qu’un jour elle retrouverait Mr Kovats dans un labo hongrois.

 

Chromato,

hallucinations au CHCl3

silice,

rires,

couloirs,

Claude Bernard,

escaliers,

binômes

bio cell,

larmes,

mitochondrie,

lamelles,

stress,

trachéo,

tableau de résultats,

joie,

corps de golgi,

Debeul conneccheune (trop classe, on le dit toujours comme ça)

Vacuole …

 

Mots… Instants . Personnes…

Vous restez imprimés quelque part chez moi.

Vous êtes une spirale qui résonne au cœur de l’ADN de ma mémoire.

Une époque formidable, ce fut, où nous ne savions pas encore ce que la vie nous donnerait et ce qu’elle nous reprendrait.

 

Je me souviens

de ce grand amphithéâtre, accueillant 400 étudiants, alors que nous n’étions qu’une trentaine en Terminale.

Je me souviens de cet immense campus rempli de visages inconnus.

Je me souviens des files d’attente interminables pour aller manger aux restaurants universitaires à moindre prix.

Je me souviens de ces relations qui se sont nouées pendant ces années avant de nous lancer dans la vie active.

Je me souviens de M. Jacquemin, de M. Fuslier, de M. Descamp, M. Marmorat, Mademoiselle Maréchal. Ces deux derniers nous terrorisaient.

 

Je me souviens

du parking entre la fac de lettres et l’acropole, aujourd’hui disparu et remplacé par la fac d’éco. Je me souviens d’une nuit où, après un concert à « l’acro », ayant fermé ma voiture à clé et ayant malencontreusement oublié les clés à l’intérieur, j’avais rameuté toute une bande de copains pour réussir à l’ouvrir. Après bien des essais, des rires et quelques tensions, nous avions finalement réussi à ouvrir la vitre et à récupérer les clés. Par la suite, j’ai longtemps gardé un cintre dans mon pare choc pour faire face à ce genre de situation, récurrente pour une étourdie comme moi.

 

Je me souviens

d’une exposition photographique que j’avais organisée avec le photographe professionnel de l’université : Dominique Geoffroy.

A l’atheneum vers 1990.

Le portrait d’une belle étudiante avait été volé par un de ses amoureux !

 

Je me souviens

de ces nuits de juin sur le campus, assis au creux des herbes, nous discutions interminablement. Certains partaient vers d’autres groupes, nous revenaient avec des saucisses d’un barbecue voisin, de loin en loin les guitares et les chants se faisaient écho…. Le campus, alors, était un vaste jardin, dans lequel bien des bâtiments ont poussé depuis.

 

Je me souviens…

Ayant été étudiante en 1ère année de droit en 1990, j’ai eu des cours avec Patriat qui est à l’initiative de l’atheneum. J’ai fait ensuite un cursus en Histoire de l’Art et je n’ai jamais mis les pieds dans ce lieu culturel. Et voilà que quelques années plus tard, cette année, je fréquente plusieurs fois par semaine l’atheneum puisque j’y travaille pour ses 40 ans. Le Destin ??… Bizarre Drôle

 

Je me souviens,

un jour, à l’atheneum… on avait réalisé un Concert-lecture avec Frédéric Stochl et Gérard Buquet. C’était Daniel Durney, notre prof un peu fou mais si chouette et passionné, qui avait mené ce projet. On était même partis en tournée dans une université près de Paris, Nanterre je crois bien… c’était la joie ! Et une expérience fondatrice pour moi.

Je me souviens aussi d’un entre midi et deux à l’atheneum, de l’analyse du film de Renoir, la Règle du Jeu. Aujourd’hui, quand je revois ce film ou quand on en parle, je me revois dans les fauteuils de l’atheneum, en face de ce petit bonhomme passionnant, décortiquant ce film génial. J’ai oublié son nom. Et peut-être qu’il n’était pas si petit.

Tout ça, c’était en 1991 ou 92 ou 93…?

 

Je me souviens

du premier jour à l’Université de Bourgogne, je me disais que c’était la jungle, j’étais impressionnée par le nombre d’étudiants que je croisais dans le couloir. Et je me souviens d’une fille qui m’a appelée d’emblée Léa. C’était juste parce que j’ai marqué sur un bout de papier ma filière, j’étais inscrite en LEA et cette étudiante est devenue ma meilleure amie.

 

Je me souviens

grosse PLS, un cocktail à L’Acropole à 14h avec une copine à rire de mes déboires.

 

Je me souviens

en 1994, en juin, les étudiants de la maîtrise d’écologie partent en minibus avec nos enseignants (Bernard Frochot, Bruno Faivre….) en fin de journée : nous allions voir et observer les chauve-souris. Quel joyeux moment en fin d’année !!

Tous réunis, en pleine nature. Montage du filet et l’attente, tous affalés dans l’herbe avec pique-nique et nos profs qui s’approchent pour attraper ces animaux que la plupart d’entre nous craignait et n’avait jamais vus.

Depuis je n’ai plus peur des chauves-souris, je ne les prends toujours pas même avec mes gants mais quand elles entrent dans une pièce, je ne panique pas, j’éteins tout, j’ouvre les fenêtres et j’attends qu’elles partent…

Cette année, qui avait commencé par une semaine de collectes et d’analyse dans la maison que la fac avait héritée du prince de Monaco à Saint Jean de Losne, les pieds dans l’eau, fut une année sereine et joyeuse, il y avait un véritable esprit de promo. C’est la seule et unique année où cet esprit de corps a été présent, où le partage était là.

Merci à toute l’équipe enseignante, cette année est un de mes meilleurs souvenirs universitaires.

 

Je me souviens

de la cafète et de l’odeur de cigarette. C’était du temps où l’on pouvait fumer là où on voulait.

Je me souviens des heures passées dans les bibliothèques pour faire des recherches. C’était du temps où l’on n’avait pas internet.

Je me souviens des amphithéâtres : Platon, Aristote, des escaliers, des couloirs, de la cabine téléphonique. C’était du temps où l’on n’avait pas de téléphone portable.

Je me souviens du Resto U, de l’Acropole et de son caveau, des concerts, de mes professeurs, de mes camarades, de mon bonheur de pouvoir étudier, de mes joies et de mes peines.

Je me souviens de tout. C’était du temps où j’avais des rêves.

 

Je me souviens

un jour à l’université, entre les colonnes noires de la faculté de Droit-Lettres, nous avons installé une agence matrimoniale et un studio photo ! Valentin cherche Valentine. Et ils doivent conclure en une semaine. Pour l’association de lutte contre le VIH, AIDES Bourgogne, j’accompagne une troupe composite d’étudiants lancés dans cette opération de prévention. Donnez-nous votre profil, photographions-le : nous vous trouverons l’âme sœur. En une semaine, trois cent trente portraits sortent du laboratoire de la cité universitaire. Reliés par des œillères les uns aux autres ils constituent des murs à images qui pendent dans l’immensité du hall. Les passants s’arrêtent. Chacun.e est invité.e à trouver son partenaire de Saint-Valentin, en identifiant son numéro de photo. Les associations sont belles et parfois improbables. Tout le monde admet que les jeux amoureux sont ouverts et doivent être protégés. A quelques-uns, nous ajoutons des parenthèses à la Valentin(e) convoité(e) pour imposer nos propres aventures. L’année suivante, en lieu et place de la fête de la Saint-Valentin, ce sera la première fête gay et lesbienne. A la Saint Sébastien.

 

Je me souviens

du temps où Mirande hébergeait la fac de bio, que l’Esplanade était un parking géant, où Gutenberg et Galilée étaient en projet puis en construction. L’institut Agro n’était pas encore AgroSup mais l’ENSBANA, on pouvait fumer dans les couloirs et parait-il même dans les labos.

L’Université évolue avec son temps et tous les changements en attestent. Merci pour les évolutions passées et à venir.

 

Je me souviens,

c’était en novembre 1996, lors de ma première année de fac, et des découvertes des joies de la vie d’étudiants. Et puis, cet événement inattendu. Un mercredi après-midi, lors d’un cours dans l’amphi Roupnel, deux étudiants débarquent en courant et me tirent dessus, à bout portant, avec leurs pistolets à eau. Je suis sidéré. Ils repartent aussi vite qu’ils sont arrivés. Des collègues m’ont alors expliqué qu’ils m’avaient pris pour un participant au jeu du Killer, jeu de rôle grandeur nature où tout le monde est habillé en noir, et dans lequel des équipes s’affrontent jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’une. Et me voilà contre mon gré victime collatérale.

La loi des séries mit une nouvelle fois sur ma route un de ces commandos. C’était un samedi matin ensoleillé de 1997. Je descendais le boulevard Gabriel à pied, direction les cités U Mansart. Au croisement de deux rues, une voiture arrivée en trombe pile devant moi, la fenêtre du passager avant s’ouvre, et je suis arrosé par un fusil mitrailleur à eau. Rebelote. La voiture redémarre en trombe… Inutile de vous dire comment j’étais habillé ce matin-là…

 

Je me souviens…

C’était un jour d’avril 1997, je prenais ma douche comme chaque matin. J’entends sonner le téléphone en bas, ma femme répond. La liaison n’a pas duré très longtemps…

Elle monte les escaliers, sans doute pour me tenir informé d’une nouvelle.

« C’est la secrétaire de l’IUT (du département de Génie Mécanique et Productique), qui nous annonce une bien triste nouvelle : la mort de Norbert Gérard, dans un accident de deltaplane. Elle demande que tu la rappelles le plus vite possible au sujet des enseignements. »

J’ai dû, au pied levé, préparer les cours magistraux, qui restaient à délivrer d’ici la fin de l’année scolaire.

J’étais littéralement abasourdi et en tentant de me reprendre, je réalisai que Norbert s’était tué le jour de mon anniversaire, le 10 avril !…

Lui, mon Maître de recherche, mon responsable d’enseignement ; lui qui fut chef du département, Directeur de l’IUT et du Centre régional du CNAM ; lui, qui était à l’origine d’innombrables initiatives dans tant de domaines scientifiques, techniques, humains…

Norbert m’a profondément marqué et il a touché la communauté de l’IUT au plus haut point, de sorte que celle-ci a donné son nom à une allée de circulation de l’Institut.

 

Je me souviens.

Nous sommes le 12 juillet 1998. L’atheneum est devenu un énorme chaudron chauffé à blanc par des centaines de personnes. La Ville de Dijon a refusé d’ouvrir un écran géant place de la Libération pour retransmettre la finale de la Coupe du monde de football. Fidèle à sa vocation d’ouverture, l’équipe de l’atheneum a installé dans la grande salle son puissant vidéoprojecteur. La tension est palpable. La foule communie anxieusement avec nos joueurs. 26e minute, les bleus bousculent la défense brésilienne. Silence religieux qui brutalement explose dans un tonnerre de cris et d’applaudissements ! A la 27e minute, Zidane vient de libérer l’angoisse des spectateurs ! Épreuve du feu pour la carcasse métallique du bâtiment qui vibre et ploie sous l’onde de choc prolongée. J’ai peur. Mais elle tient bon. Le calme revient. Le jeu troublé deux fois dans les prolongations, et les poutrelles danseront sans plier. Ce jour-là, l’atheneum n’a pas explosé. Sauf de joie.

 

Je me souviens…

Une table,

Une chaise sur la table,

Le vidéoprojecteur sur la chaise.

Fac de Dijon, premiers cours de l’An 2000.

 

Je me souviens,

un jour à l’Université de Bourgogne, c’étaient encore les vieilles lignes de bus où il fallait lever la main, c’était la pluie partout et souvent, c’étaient quelques ordinateurs dans les BU pour pouvoir taper nos mémoires, c’était une fortune pour pouvoir imprimer. C’était grand, c’était une ville, c’étaient des amis, c’était marcher longtemps pour remonter la rue Mirande quand il n’y avait plus d’argent pour l’abonnement. Il fallait aller le chercher là-bas, de l’autre côté de la ville, à pied, place Grangier. C’était la patinoire le mardi soir, à côté du campus, mais pourtant là-bas, tout au bout, après les porteurs de faluches. C’était Le Dépanneur avec la part de pizza à 1 euro. J’ai commencé en franc mais je ne m’en souviens plus pourtant. C’est là que tous les trois nous avons vécu, la première fut moi en ouverture à la fratrie. L’année 2000 est passée et le vidéoprojecteur de l’amphi n’a pas flanché. J’ai été diplômée et je suis partie travaillée. Depuis, j’y reviens de temps en temps pour me former. Les lignes de bus sont des trams roses, les clés 4G sont distribuées, le Dépanneur n’existe plus, bien qu’il me semble qu’on continue à manger et à être souvent fauché. Je marche encore longtemps mais j’ai mon ticket en poche, je marche pour regarder en attendant, et certains profs ont résisté. Parti ainsi, un jour, lui aussi, mon fils, viendra peut-être ici…

 

Je me souviens

du graffiti apparu le 23 août 2000 sur la route de la rocade : « Rendez-vous dans 10 ans le 23 août 2010 à 2h 54 du matin ». Je me souviens de m’y être rendu et de n’avoir vu personne (le graffiti avait été repeint entre-temps.)

 

Je me souviens

d’être venue sur le campus au moment des grèves contre le CPE. Nous avions répondu à un appel à la mobilisation, de nuit, et avions rejoint un amphi occupé. Je me souviens de mon émotion, en voyant tous ces étudiants investis dans la lutte, investis pour faire valoir leurs idées, pour tenir dans le temps… Cela m’avait renvoyée à d’autres souvenirs de lutte, d’engagement, d’occupations. Cependant un grand tableau témoignait du temps qui avait passé : il énumérait, pour les chargés du ravitaillement, qui était carnassier, végé ou vegan. Cela n’existait pas à notre époque.

 

Je me souviens

un jour à l’université, où je n’étais encore qu’en PACES. L’organisation et les routines étaient les meilleures alliées de nombreux étudiants. Ainsi nombreux sont ceux qui s’assoient à la même place des mois durant. Un jour, je remarque qu’une fille, 2 rangs devant moi, pleure comme ça arrivait à beaucoup d’entre nous, comme ça m’arrivait souvent. Mais j’étais soulagée pour elle car elle n’était pas seule. Elle était toujours accompagnée de deux amies. Contrairement à moi que la solitude frappait de plein fouet. Je me suis complètement identifiée à cette jeune fille et j’écoutais les paroles de ses amies espérant y trouver du réconfort. Les jours se suivent mais son moral ne remonte pas. Elle s’absente de plus en plus régulièrement et le diagnostic tombe : elle est dépressive. Les propos de ses amies deviennent de plus en plus culpabilisants : “Tu ne fais pas d’effort pour t’en sortir”. “Si tu n’es pas capable, autant abandonner. Tu gâches notre temps et l’argent de tes parents”. Ces propos résonnaient en moi et me blessaient aussi profondément mais la tristesse s’est rapidement transformée en colère. Comment était-il possible d’être aussi méchant et de trahir une amie de longue date qui avait encore la force et le courage de dire ce qu’elle ressentait ? Une chose que je n’aurais jamais eu le courage de faire. Je suis témoin mais je n’agis pas pour autant. Qui suis-je pour m’interposer ? Je me reconnais dans ce qu’elles disent “Tu ne fais rien pour t’en sortir”. Je reste spectatrice de sa situation et de la mienne. Le semestre s’écoule et le hasard veut que lors d’une épreuve, je sois assise entre elles. Une nouvelle fois, leurs propos sont violents :

“ Je ne vois même pas pourquoi elle est venue.

– Elle ferait mieux d’en finir maintenant et de laisser sa place.”

C’en était trop pour moi. Je me lève et emplis l’amphi de ma voix : “Mais vous vous rendez compte de ce que vous dites ?! De la gravité de vos propos ?! Vous voulez devenir médecins mais vous ignorez que la dépression est une maladie ?! Ce que vous faites est grave ! ”. Une secrétaire alertée par les éclats de voix monte les escaliers 4 à 4. Les deux jeunes filles tentent de s’expliquer mais je couvre leur voix en énonçant fort ce que j’ai pu entendre durant ce semestre. Des regards accusateurs se tournent vers elles qui n’osent plus ouvrir leur bouche. La secrétaire prend rapidement nos noms et nos INE avant que l’épreuve ne commence. A la sortie de celle-ci, je suis interpellée pour témoigner immédiatement. Je m’exécute et n’omets aucun détail. Je pleure beaucoup. La situation me touche plus que je ne le pensais. Je parle aussi beaucoup de la culpabilité de n’avoir rien fait. Je ne remercierai jamais assez la patience des personnes qui m’ont écoutée.

Je n’ai pas été mise au courant de la suite des procédures mais on m’a assuré qu’elles ne pourraient pas entrer dans quelque filière que ce soit cette année-là.

De mon côté, je n’ai pas réussi mes examens mais cette année-là, je découvre ce que je veux faire : j’essaie de devenir psychologue. Si je peux éviter à qui que ce soit le sentiment de solitude mélangé à l’impuissance alors tout ça valait le coup.

Je n’ai jamais eu l’occasion de revoir la jeune fille en question et de lui dire à quel point je suis désolée de ne pas avoir agi plus tôt, de ne pas être venue la voir, lui dire qu’elle n’était pas seule et que dire ce qu’elle ressentait était déjà la preuve d’une force incroyable. Chose que je n’arrive à faire que des années plus tard, anonymement.

 

Je me souviens

un jour à l’atheneum, j’étais spectatrice. Quand, qui, quoi, je ne sais pas. Sur scène, une mère au foyer nous offre à voir son quotidien. Elle prépare le repas du soir en attendant le retour de son mari. Puis elle raconte : “mon mari rentre chaque soir un peu plus tard, alors j’élabore des plats de plus en plus sophistiqués qui prennent de plus en plus de temps !”

Comme j’ai été touchée !

Moi, la vingtaine, étudiante, célibataire, avec tout mon avenir devant moi, comme je l’ai trouvée attendrissante cette mère d’un temps passé qui se débat avec enthousiasme, ingéniosité et naïveté pour nier la mort (de son couple, de son être, de l’authenticité, de la vérité, de la liberté) tout en y restant bloquée.

15 ans plus tard, je suis devenue cette mère au foyer qui s’assujettit, s’asservit, se voile la face, mêle son enfant à ce mensonge inconscient, s’approche de la mort.

J’ai touché le fond, je me suis propulsée, j’ai refait surface.

* Renaissance *

Merci à ce spectacle pour sa “compassion préventive” qui m’est souvent revenue en mémoire, en émotion, et en partage.

 

Je me souviens…

La première fois que j’étais étudiante, la BU venait d’être construite. C’était vraiment un bel endroit, avec toute cette végétation et cette luminosité. Avec une copine, on a essayé de se faire enfermer toute la nuit en se cachant dans les toilettes.

Je me souviens des graffitis « Ni Bush Ni Ben Laden » dans les toilettes de la cafétéria après le 11 septembre.

 

Je me souviens

de cette première rencontre devant la salle R27B du bâtiment Droit-Lettres. Un simple salut, sourires, présentation par le biais d’une connaissance commune. C’étaient quelques semaines après la rentrée 2003-2004. Les jours passent. On se salue. Puis on s’assoit ensemble dans les amphis, on rigole, on mange ensemble les midis… Un groupe d’amis se forme, les années passent dans la joie. Fin de deuxième année, le rapprochement, la drague pudique, puis le dévoilement de nos sentiments. Tout va très vite, tout est sérieux depuis le début, on se projette loin, on s’aime fort. Encore trois ans ensemble, à s’aimer en étudiant. Dix-huit ans après, l’amour est toujours là, deux petites filles nous ont rejoints, et on s’aime comme au premier jour. D’ailleurs, c’est drôle, aujourd’hui je voulais retourner avec mes filles devant la R27B, si elle existe toujours. Cette collecte me projette à nouveau dans ces premiers instants de Nous.

 

Je me souviens

d’avoir intégré, au sous-sol, l’association d’archéologie avec laquelle j’ai pu ensuite voyager à Rome, à Naples, en Tunisie…

Je me souviens du sentiment de liberté quasi absolue, du plaisir d’apprendre et de se former intellectuellement, de ne côtoyer que des personnes choisies.

Je me souviens d’avoir vu pour la première fois la fille qui allait devenir ma femme.

 

Je me souviens

On était plus ou moins (fous ou tous ?) à l’ENESAD. Aujourd’hui Agrosup. C’était au moment du traité constitutionnel européen, en 2003 ?

On était une quinzaine à avoir (quarté ?) un groupe ATTAC campus. Une certaine Aurélie Trouvé était parmi nous. Elle est toujours à ATTAC mais… présidente nationale.

C’était 1 gros moment d’effervescence, on se retrouvait à l’atheneum pour discuter de la constitution, des articles qui poseraient problème. On voulait que le vote NON l’emporte. Et il l’a emporté. En vain.

J’ai toujours un souvenir de cette époque où le monde semblait nous appartenir. Et donc, l’atheneum, c’était chez nous.

 

Je me souviens

que pour lutter contre le Contrat de Première Embauche (CPE), nous avons pris d’assaut notre université, occupé les salles de cours, dormi dans les amphithéâtres, manifesté dans les rues.

Pour construire un autre avenir, nous avons vécu un joli présent.

À la fin, en plus du plaisir de la victoire militante, nous nous souvenons avant tout des moments tous ensemble.

 

Je me souviens

d’avoir rencontré une jeune femme qui 15 ans plus tard est restée une de mes grandes amies, d’avoir partagé notre première discussion et café dans le patio de la cafétéria.

 

Je me souviens…

d’une résidence à l’Atheneum, lors de la création de « Oedipe Tyran », en 2008-2009.

Nous répétions la journée, je travaillais ensuite sur la musique la nuit, puis je dormais quelques heures sur le canapé. La femme de ménage me réveillait en arrivant, me disant :

« Mais vous avez encore dormi là ! Ce n’est pas raisonnable, il faut vous reposer ! ».

Entouré de Béatrice, Orane et toute l’équipe, je me souviens de ces moments de travail, mais aussi des pauses dans la bonne humeur générale…

 

Je me souviens

du débat sur la constitution européenne entre Fabienne Keller et Isabelle de Almeida le 25 mars 2005.

Je me souviens de la conférence d’Arnaud Montebourg à l’amphi Platon le 6 mars 2006.

Je me souviens des mouvements contre le CPE en 2006 et la LRU en 2009.

Je me souviens : Un festival de beatbox trop cool.

 

Je me souviens

du verre de St Véran bu en 2008 en terrasse, silence de mise, beau souvenir !

Je me souviens, lors de ma première année à l’université, en 2009-2010, de l’existence d’une poule qui avait pris ses quartiers dans l’esplanade Erasme. Le jeudi soir, il fallait la protéger des étudiants (les associatifs) qui, un peu saouls, voulaient l’attraper, voire la déguster. Un jour, on ne l’a plus vue.

RIP la Poule.

 

Je me souviens

de cette visite du campus très spéciale… C’était en 2009. L’artiste Mathias Poisson qui travaillait sur la graphie du déplacement nous avait donné rdv à la BU. Nous étions une cinquantaine de personnels et d’étudiants. Il ne s’agissait pas d’une simple promenade ! Mathias nous a recouvert les yeux avec un fin tissu noir qui laissait passer la lumière. Amusée, je me suis dit que ce campus, je le connaissais presque comme ma poche, et que ce n’est pas ce bandeau qui allait me faire perdre le fil… Nous avons commencé à déambuler doucement, à tâtons, accrochés les uns aux autres, chenille humaine, hésitante parfois trébuchante, dans un silence concentré, ponctué de quelques chuchotis, de rires nerveux lors d’une marche manquée ; privés de la vue, nos autres sens étaient en alerte !

Je me souviens de ce silence, de ces effets lumineux qui jalonnaient le parcours, de ces repères de plus en plus flous au fur et à mesure du chemin… intérieur…  extérieur…  essayer de cerner les lieux, se concentrer, se tenir aux autres, être à l’écoute, hésiter… puis accepter d’être perdu et lâcher-prise, se laisser porter…

Cette déambulation reste un souvenir fort, une expérience unique et surprenante puisque même dans le noir j’ai (re)découvert notre beau campus sous un nouveau jour !

 

Je me souviens

de la rue Hugues Picardet et de toutes ces maisons qui ont été démolies en 2010 avant la construction du tramway.

Je me souviens des après-midis révisions sur l’herbe devant la BU,

Je me souviens des blocus de la fac, lors de ma première année, qui nous empêchaient d’aller en cours.

Je me souviens de m’y être fait des amis en or.

Je me souviens de la Nuit des chercheurs en 2010 et de la venue de Cédric Villani, homme haut en couleurs, sympathique et ultra-gentil, je participais à la vente de ses livres à l’atheneum.

 

Je me souviens

du badge du chameau à l’envers. Ma colocataire, étudiante en sociologie, cousait à la main, le soir, sa faluche d’un beau velours noir agrémentée un ruban gros-grain dont j’ai oublié la couleur, en veillant à la division précise et ésotérique des différentes parties de ce bonnet… Elle apprenait par cœur, avec une excitation d’enfant, la signification du moindre détail de ce folklore estudiantin, des couplets entiers de chants paillards qui m’horrifiaient autant que les beuveries auxquels je les associais. Parfois, elle nous invitait, nous, amies profanes, à ces banquets bruyants et rigolards, où elle a trouvé des amis pour la vie.

 

Je me souviens

des festivals Dijon Saiten de 2010 à 2016, dans les bâtiments de l’IUT. Cette foule colorée pour l’occasion, réunie autour de passe-temps pas encore à la mode.

Les photos, les chansons, les siestes sur la pelouse quand on avait trop chaud. Les gens costumés qui courent pour éviter la pluie, les bubble T.

Et cette ambiance où tout le monde se parlait.

Pour finir ces retours au “vrai monde” où le sentiment d’acceptation et de rassemblement s’efface peu à peu.

Mais il n’est pas perdu, il reviendra l’année prochaine !

 

Je me souviens

d’une journée formidable, passée à l’atheneum et sur le campus avec une de mes classes de théâtre du temps où j’enseignais en collège. Nous avions rencontré une troupe québécoise qui nous avait prodigué un petit cours d’impro fort sympathique, visité le campus, ce vaste musée à ciel ouvert, pris le temps de dialoguer avec les œuvres réparties ici et là, eu la chance de monter tout en haut de la BU pour admirer l’incroyable panorama offert sur l’université et sur tout Dijon… En fin d’après-midi, avant d’aller voir le spectacle de la troupe québécoise, nous disposions de deux bonnes heures durant lesquelles j’avais prévu de leur faire répéter leurs textes. Nous étions installés dans la maison de l’étudiant. J’ai commencé par leur proposer un exercice de relaxation : ils se sont presque tous endormis ! J’ai dû les réveiller pour le spectacle. Nous sommes rentrés à Pontailler tard dans la nuit. Je sais que cette journée a positivement marqué mes élèves, qui m’en ont beaucoup reparlé par la suite. Grand merci à l’atheneum, et à Peggy Camus, qui a si bien su nous accueillir, nous concoctant toujours des programmes riches et attractifs.

 

Je me souviens

qu’en tant qu’attachée temporaire d’enseignement et de recherche de 2013 à 2016, j’ai eu la chance de partager un bureau avec des personnes formidables qui aujourd’hui font partie de ma famille.

Merci Camille, merci Nejmi, merci Manon, la fiancée pour les fous rires, ces travaux de recherches dans la bonne humeur.

 

Je me souviens

de m’être retrouvé coincé dans les toilettes de la BU. La porte, bloquée par le verrou, restait coincée. J’ai appelé : « S’il vous plaît ? Y a quelqu’un ? »… J’ai attendu que le technicien arrive et me demande de débloquer le verrou : comme si je n’avais pas déjà essayé…

Au bout de quinze minutes je suis retourné vers mes amis qui m’ont demandé pourquoi j’avais mis tout ce temps. Et, évidemment, dix ans plus tard, ils se moquent encore de moi…

 

Je me souviens

du faux-plafond de la bibliothèque de lettres & philosophie qui pesait bas sur nos têtes, les après-midis d’hiver. Une lumière blafarde et agressive y engloutissait tout espoir de jours meilleurs et me donnait la nausée. Je me souviens d’impasses et de recoins dessinés par le labyrinthe des rayonnages : des cachettes où se terrer en attendant la fin du monde.

Je me souviens des longues tables de la BU, couvertes de pages de dissertation rédigées au kilomètre, à toute vitesse, la veille de la date limite de rendu.

Je me souviens des nocturnes à la BU, les mercredis soirs, des tables se vidant une à une à mesure que tombait la nuit, de l’ambiance feutrée, bruits assourdis par la moquette du premier étage. L’effet de perspective y décuplait la surface et faisait ressortir les rangées de dictionnaires de langue et civilisation.

Je me souviens d’étudiants allemands qui partageaient nos cours de linguistique et de littérature française. Souvent assis devant, par petits groupes, ils nous impressionnaient. Nous n’osions pas nous mélanger à eux mais les observions avec une curiosité un peu effarée. Ils prenaient très volontiers la parole, dans un français que beaucoup d’entre nous aurions aimé maîtriser. Je me suis liée d’amitié avec quelques-uns d’entre eux et au semestre suivant, je suis partie étudier à Mayence. Aujourd’hui, j’ai un master d’allemand.

 

Je me souviens

à l’université de Bourgogne, de ces matins d’hiver,

de ce petit chemin blanc, presque serpentin, emprunté au quotidien,

m’amenant de mon logement étudiant aux portes des cours.

Je me souviens de mon corps encore engourdi de sommeil,

bravant le vent, coupant les hautes herbes, à peine visibles sous l’épais brouillard

et du croassement des corbeaux rompant de temps à autre, le lourd silence de novembre

Je me souviens des perlées de rosée, infinies, sans cesse alimentées par l’humidité ambiante

De ce décor à la Hitchcock qui me plongeait un instant dans une nostalgie grisante.

De ma campagne auboise, je n’étais pas habituée à cette météo,

Ici, les jours se ressemblaient et le soleil se montrait à peine

Pourtant, de ce froid paysage, je n’en garde aucune morosité,

plutôt un doux souvenir teinté de mélancolie

Les sens en éveil, l’impression d’être seule, un léger frisson, et…

Le charme se rompait…

L’immense bâtiment Droit-lettres apparaissait, me tirant de ces rêveries.

L’aventure n’était pourtant pas terminée ! 1, 2, 3, 4, 5 étages, qu’il me restait à gravir,

De la cafétéria jusqu’à la dernière marche, du dernier escalier, du dernier couloir

Une impression d’atteindre le bout du monde

Et finir par arriver, à 8h02, le souffle court, au premier cours de la matinée.

 

Je me souviens

du nom des amphithéâtres du bâtiment Droit-Lettres : Proudhon, Matthiez, Blanqui… Je ne savais pas, à l’époque, qui ces illustres étaient. Je me souviens de leurs occupations, de prises de parole, de débats spontanés, de ravitaillements, d’évacuations par les forces de l’ordre. C’était sans doute déjà un autre temps…

 

Je me souviens

en 2016, j’ai entrepris les premiers cours de sociologie de toute ma vie, et cela l’a totalement modifiée. J’ai acquis des savoirs et de la compréhension du monde qui nous entoure, comment il peut fonctionner et la dépendance qu’on peut avoir envers lui. A l’université, j’ai lié des amitiés fortes, je me suis comprise et j’ai voyagé.

 

Je me souviens

du cours polonais débutant, choisi comme troisième langue dans mon cursus de LEA. L’option polonais devait m’épargner l’apprentissage fastidieux de l’alphabet cyrillique en même temps que l’ennui d’une nouvelle langue romane. Le polonais n’avait pas soulevé l’enthousiasme des foules : sept valeureux apprenants dont les motivations étaient aussi diverses que nos profils pouvaient le laisser présager : « ne veut pas apprendre le cyrillique » ne faisait pas vraiment mention honorable à côté de « j’ai des origines polonaises », « j’ai vécu en Pologne sans jamais rien comprendre dans la vie quotidienne », « je veux pouvoir correspondre avec ma famille là-bas ». La mienne rivalisait, à la limite, avec « il y avait de la lumière dans la salle et je suis entrée ».

Il fallait être valeureux, irréductibles peut-être, pour braver la morosité des petites salles délabrées du dernier étage du bâtiment Droit-Lettres, le mardi soir à 19h, ou des préfabriqués sordides, installés à l’époque sur le parking à l’arrière de la Maison de l’Étudiant.

Je me souviens de notre effroi collectif face aux redoutables suites de consonnes rares dans nos langues romanes, qui produisaient pourtant dans la bouche de notre enseignante d’envoûtantes chuintantes comme autant d’invitations au voyage. Je n’ai jamais pratiqué le polonais hors de ces salles de classe. Je conserve pourtant le souvenir ému d’un doctorant japonais si appliqué, T., qui vit aujourd’hui à Varsovie.

 

Je me souviens de la tradition que nous avions avec ma promo d’aller boire une bière à l’atheneum avant chaque exposé d’anglais. D’ailleurs, parlons-en de ces exposés d’anglais, c’est terrible de faire ça.

Nous faisions ça pour être dans de bonnes conditions 🙂

 

Je me souviens

de l’année universitaire 2016-2017 car c’est là que j’ai rencontré Patti et Lauréline à l’université de Mayence en Allemagne dans le cadre du Cursus Intégré Dijon-Mayence. Le jour où nous nous sommes rencontrées nous devions juste boire un verre mais il s’est vite transformé en une soirée et une nuit formidable à rire et à chanter. L’année suivante à Dijon, nous allions souvent dans le jardin de Patti avec Lauréline qui était devenue ma colocataire. C’est là que nous avons connu Gabin et Louis, étudiants en médecine. Une fois, nous avons pris l’apéritif sur le toit de Louis et trinqué devant un coucher de soleil sur l’Université de Bourgogne. Nous avons tous déménagé maintenant, mais j’y pense souvent.

 

Je me souviens…

de quoi ? Eh quoi ! Je m’en souviens, oui oui, je n’oublierai pas, ces premières et si bizarres minutes, longues minutes devenues quarts d’heure, demi-heures, à chercher, farfouiller, sonder ce bâtiment, le Droit-Lettres qu’ils l’appellent, église de fous oui, temple des grandes naissances, forteresse imprenable, bâti sur six étages, envergure deux cents mètres et plus si affinités… trois fois la taille de nos lycées de campagne… courez de haut en bas de long en large, du Nord au Sud et d’Est en Ouest, de l’extension au hall central, des salles à chiffres aux salles à noms, des amphis aux salles d’audience ; suivez le sens de la marche, jamais contre-courant, coulez dans les torrents et les cascades, tunnels aux parois jaunes ou beiges, un peu de plâtre un peu d’amiante, noyez-vous, buvez la tasse, guettez les rives paire et impaire… Oh, on s’y fait, croyez-en notre expérience, à un certain moment on ne ressent plus grand chose, ça nous est égal, on connaît les lieux, tout nous indiffère ; le Droit-Lettres, au fond, est une grande machine aux bruyants engrenages, dont nous entrons matière première et ressortons pièce détachée, destination l’automate sociétal…

 

Je me souviens

d’une visite du campus avec des lunettes floues organisée par l’artiste Mathias Poisson : tout le décor habituel devenait doux et ouaté, nous baignions dans un univers à la fois familier et onirique, tenant la corde qui nous liait les uns aux autres, jusqu’à ne plus savoir qui vraiment nous étions et où nous étions avant de reprendre pied assis dans la salle des actes en enlevant nos lunettes au terme du parcours.

 

Je me souviens

d’une UE transversale avec Christian Hanser qui avait amené sa roulotte devant l’atheneum : dès que la porte s’est refermée, je me suis senti coupé de l’université comme si les murs de ce lieu intime mesuraient plusieurs mètres d’épaisseur ou m’avaient déplacé dans une forêt, dans un campement improvisé, bien loin de mon lieu de travail. J’étais, dans ces boiseries, le petit enfant qui venait se blottir sous un escalier, derrière un placard, dans un recoin où il pouvait échapper au monde trop peu compréhensible qui l’entourait. J’étais à la fois celui que j’avais été et celui que j’avais aspiré à être en suscitant cet enseignement sous forme de rencontre privilégiée.

 

Je me souviens

quand mon amie a vomi au feu rouge après la soirée de fin des vendanges.

Je me souviens des pizzas à 1 euro au RU.

Je me souviens des journées 8h-18h.

Je me souviens du thé trop chaud mais trop bon de la machine à café.

Je me souviens de mon prof d’informatique quand il a tapé du poing sur la table et que tout le monde a eu peur.

Je me souviens des cours de photos dans l’iut.

Je me souviens de mon appartement au Crous et de mon voisin fou.

Je me souviens de mon projet Tut.

Je me souviens de mon prof Chaurtoi !

 

Je me souviens

de mon premier jour à l’université. C’était en 2017, je rentrais en L1 de psychologie et je n’avais jamais mis les pieds sur un campus étudiant. Je suis rentrée morte de trouille dans un amphi de 600 étudiants. La boule au ventre, j’ai voulu me cacher tout au fond de celui-ci. Tête baissée, j’avançais le plus vite possible lorsque j’ai entendu une petite voix m’appeler. Une copine du collège était présente dans les rangs. Ouf ! Je n’étais pas toute seule.

 

Je me souviens

du premier atelier d’écriture que j’ai animé à l’atheneum : il n’y avait qu’un collègue à moi, que j’avais incité à venir, et une étudiante étrangère égarée, qui pensait trouver un cours de soutien. Nous avons malgré tout passé un très bon moment, et l’atheneum m’a valeureusement gardé sa confiance…

 

Je me souviens

un jour d’automne 2017 où je suis venu pour la première fois à l’atheneum. J’étais bénévole à l’AHSCUB, une association étudiante qui promeut l’intégration des étudiants handicapés sur le campus par le sport et les activités culturelles. Cela m’a donné envie de travailler à l’Université.

Après 5 ans et 25 candidatures, je suis contractuel et l’atheneum est ma cantine du midi. J’aime y prendre mon sandwich rosette ou mon hot dog frites de patates douces. Les repas entre collègues sont des temps à part qui me ressourcent et m’enrichissent.

Je pense que si Rufino nous taquine, c’est qu’on devient habitué de l’endroit non ?

 

Je me souviens

du jour où, à la demande d’un ami de l’ENSA, nous avions dansé à l’atheneum pour son projet dans le cadre de l’Atelier de Recherches et de Créations “Territoires partagés”. C’était la première fois que je me suis retrouvée sur cette scène où j’avais vu tant de spectacles et où j’en verrai d’autres encore par la suite.

J’ai pu m’y retrouver à nouveau, mais dans un contexte tout autre, assez étrange : les ateliers d’écriture.

Danser, écrire sur scène. Deux merveilleuses expériences qui m’ont permis de varier les points de vue de spectatrice : j’ai pu, à plusieurs reprises, redécouvrir ma place dans ce lieu pluriel.

 

Je me souviens

des heures passées au Tandem-café.

Je me souviens aussi de la rencontre avec mes amies.

Je me souviens d’un jour à l’université, où un élève m’a proposé d’aller boire un coup avec lui…

 

Je me souviens…

d’avoir loupé ma L1 à cause de trop nombreuses occasions d’aller boire des coups, avec les copains. Cela dit c’était rigolo, et j’ai passé une bonne année.

 

Je me souviens

de mon premier jour en tant que lectrice d’allemand (DAAD) à l’Université de Bourgogne. C’était début juillet 2018, lorsque je me suis présentée à mes nouveaux collègues dans le cadre de la réunion de fin d’année du Département d’allemand. J’étais très excitée, mais tous mes collègues étaient très sympathiques et ma nouvelle directrice m’a chaleureusement accueillie. Je me suis tout de suite sentie à l’aise. Ma prédécesseure et ma collègue lectrice la plus ancienne dans son poste m’ont beaucoup aidée et expliqué, et elles ont été très patientes. Le premier semestre a été un peu chaotique, car je n’étais pas encore habituée aux procédures d’une université française. Mes étudiants et étudiantes étaient très gentils et j’ai pris plaisir à discuter dans mes cours dès le début et j’ai toujours autant de plaisir à transmettre ma langue et ma culture. Ce qui me fait le plus plaisir, c’est de pouvoir soutenir mes étudiants dans leurs projets.

 

Je me souviens

du jour de ma rentrée en licence 2 de Biologie. Ce jour-là, j’ai su qu’Axel serait l’un de mes meilleurs amis. Il était le seul, avec moi-même, à être habillé en touriste.

 

Je me souviens,

lors de ma première année de fac, de la « color run » organisée par la fac. Un grand événement que beaucoup d’étudiants semblaient attendre. Au départ, je n’avais pas envie d’y participer : la course et moi… Mais mes amies voulaient la faire pour la tradition. Je me suis donc retrouvée en jogging, tee-shirt blanc et lunettes colorées sur la ligne de départ. On a couru avec mes amies, à chaque étape on se faisait asperger de poudre colorée. C’était une belle façon de découvrir la fac. Mais la poudre, j’en avais de partout. Mon tee-shirt était devenu multicolore, mes cheveux idem. J’ai dû faire au moins cinq shampoings avant de réussir à retrouver mes cheveux.

Une très belle expérience.

 

Je me souviens

être revenue à l’université plus de trente cinq ans après l’avoir quittée pour repasser une licence. Je me souviens de l’émotion de recevoir une « vraie » carte d’étudiant.

Je me souviens de la surprise de découvrir le campus à la fois si différent et si semblable à mes souvenirs.

Je me souviens de ma fierté d’aller déjeuner à Montmuzard avec ma fille elle-même étudiante, et de découvrir les progrès de la restauration.

Je me souviens d’une année de fréquentation frénétique de l’opéra grâce à la carte culture.

Je me souviens des heures passées à la bibliothèque pour rédiger mon mémoire.

Je me souviens de tous ces souvenirs anciens, que j’avais oubliés et qui me reviennent.

 

Je me souviens

de l’été 2018 à l’université. Je venais tout juste de terminer la rédaction de mon mémoire et j’avais enfin du temps libre. Mon amie Patti, rencontrée l’année d’avant dans le cadre du cursus Dijon-Mayence, m’a invitée à jouer au Beach volley avec d’autres amis sur les terrains de la fac. J’étais vraiment très nulle mais nous avons beaucoup rigolé. L’année d’après, elle et moi avons pris des cours au SUAPS pour s’améliorer en vue de l’été prochain. Je suis toujours aussi nulle mais nous rions toujours autant !

 

Je me souviens.

C’était le jour de la réunion de ma première rentrée. Je ne connaissais rien au monde universitaire, j’ai eu la chance de découvrir une connaissance de connaissance, à laquelle je m’accrochai comme à une bouée de sauvetage. Donc, je suis là, assise, dans l’amphi Bianqui, et je regarde autour de moi, à la recherche de la personne qui m’inspirerait le plus confiance. Je fais un tour d’horizon et soudain…je la vois ! La seule personne qui se détache de la masse, avec les prémisses d’un style alternatif, et ton sac qui te servait d’exposition de ta personne, avec ce pins : par cette référence à Good Omers, ce badge arc-en-ciel, j’ai su qu’on allait bien s’entendre et… ça n’a pas raté. Coline, il est pour toi ce souvenir, à notre rencontre, à nos moments partagés, à ces années de fac que, grâce à toi, je n’ai pas vu passer.

 

Je me souviens…

il y a déjà 3 ans.

J’étais à mes premiers balbutiements dans la participation d’atelier d’écriture.

Je découvrais un monde nouveau où je pouvais jouer avec les mots, les tordre, les manier, où je pouvais les torsader pour en faire des guirlandes de phrases.

Pour raconter des histoires, des rêves, des souvenirs ou des pensées poétiques.

Je me souviens avoir vu sur le Net que l’atheneum proposait aussi des ateliers d’écriture.

Ayant suivi une filière lycéenne technique, j’ai toujours été un peu fasciné par la fac, ce milieu d’étudiants, ceux des lettres, ceux du droit, nos futures élites.

Pas facile de sortir de sa zone de confort, mais je fis le premier pas en m’inscrivant à l’atheneum. J’étais curieux et fébrile à la fois.

Peut-être aussi que je voulais briller devant mes potes.

« Tu viens avec nous au foot, ce soir ?

– Non ce soir, j’ai un atelier d’écriture à l’université de Bourgogne », leur répliquai-je.

Je pensais entendre des :

« Ouah ! C’est la classe ! » ou « On s’la pète ! ».

Mais beaucoup eurent un sourire narquois en me demandant d’un air suspicieux en quoi consistait exactement cet atelier.

Je soupirais, car je n’avais pas le temps de leur expliquer.

J’arrivais donc le soir venu à l’atheneum.

Je me souviens que j’avais un peu d’appréhension. J’étais un jeune retraité et j’allais me retrouver avec des d’jeuns, des diplômés, peut-être des profs, des gens très littéraires, qui allaient sûrement rendre ridicules et insignifiants mes propres textes.

C’est du moins le sentiment que j’avais. On se juge souvent trop sévèrement.

Arriva l’animatrice. Elle se présenta de son prénom : Laurence.

Je pensais voir une prof de fac, voûtée, en robe de velours, un peu rigide, un peu coincée.

Mais Laurence avait une toute autre image et dégageait une grande bienveillance.

Par la suite, j’ai découvert que notre animatrice était très à l’écoute des textes de la tablée et qu’il y avait une résonance d’exception sur nos écrits.

Cela m’a permis de me détendre un peu. Restait l’épreuve de la confrontation des textes avec les autres participantes et participants de cet atelier.

J’ai pu constater qu’ils étaient brillants, parfois vindicatifs, parfois virulents, parfois très poétiques.

Et j’ai surtout beaucoup apprécié ces participant(e)s qui maniaient superbement bien l’ironie et l’humour. A mon grand plaisir.

Je me souviens de ce dernier exercice que Laurence nous avait demandé de faire.

Ecrire une nouvelle, libre de son choix et style, avec pour contrainte de mettre en scène des personnages de film.

Pour moi ce fut une libération, car j’avais une petite culture cinématographique.

Laurence, pour la première fois, me permettait de m’exprimer en écriture spontanée et laisser libre-cours à mon imagination.

Je me souviens avoir commencé cette histoire un peu abracadabrante, intemporelle, avec pour sujet les multivers.

Terminator qui atterrissait dans un grand rayon de lumière, sur le parvis de Notre-Dame de Paris, sous les yeux médusés de l’archidiacre Frollo.

Terminator qui entrait dans Notre-Dame avec son fusil à canon scié, à la recherche de Mad Max qui lui avait piqué son perfecto.

D’autres textes très originaux furent écrits pour cet exercice et nous avons bien ri.

Je me souviens qu’arriva juste après, le Covid. Je découvris alors les grandes joies des ateliers de l’atheneum en visio.

Nous pourrions écrire quelques pages sur le sujet, car il y avait toujours une personne qui avait un petit problème de connexion, une autre qui n’avait pas de son, une autre qui avait le son mais pas d’image.

Trois ans sont déjà passés.

Presque rien n’a changé. Laurence est toujours là, avec sa gaieté et son écoute impeccables.

Les participantes et participants se sont succédé. D’autres jeunes filles sont arrivées, toujours aussi pétillantes et percutantes parfois dans leurs textes.

Les échanges sont toujours aussi riches comme ceux d’hier et la bonne humeur est toujours invitée à la table.

C’est un beau partage qui fait partie de ces moments qui embellissent la vie.

Où nous voudrions tous chanter en cœur avec la compagnie Créole :

– « C’est bon pour le moral ! »

– « C’est bon pour le moral ! »

 

Je me souviens

de ce 16 octobre 2019. C’était le mois « Patrimoines écrits en Bourgogne et Franche-Comté ». Une conférence était donnée à la bibliothèque universitaire. Je connaissais peu ce lieu, mais je savais que lesdites conférences proposées étaient d’une grande qualité et d’une grande richesse.

Je me souviens que cette conférence était animée par Sylvie De Vesvrotte, ingénieure d’étude au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS). Elle avait pour sujet un incontournable de la BU de Dijon, il s’agissait de « L’incunable de 1499 ».

L’incunable « Tesauro spirituale » fait partie des premiers livres imprimés et il date de 1499. Ce qui ne me rajeunit pas ! L’imprimerie avait été découverte quelques dizaines d’années avant l’impression des « incunables » et fut une grande révolution dans le monde du livre et de l’édition.

Seuls les moines copistes virent d’un mauvais œil cette apparition diabolique, car ce nouveau procédé allait créer du chômage pour un certain nombre d’entre eux.

Inévitablement, les ateliers d’écriture des monastères commencèrent à se vider et à décliner. Mais d’un autre côté, ce progrès a permis de réduire l’agonie de certains moines qui utilisaient les encres vertes, celles qui étaient fabriquées à base d’arsenic. « Le Nom de la Rose » n’a vraiment rien inventé.

Les « incunables » contiennent essentiellement des textes religieux, des cantiques, des litanies ou des prières. Ils peuvent aussi s’orienter sur des reproductions d’herbiers ou de textes médiévaux. L’incunable « Tesauro spirituale » que possède l’Université de Bourgogne est extraordinaire à plusieurs titres. Et il faut le souligner ! Il est le seul à avoir conservé sa reliure ancienne, probablement d’origine. Et qui est aujourd’hui admirablement en excellent état.

Il est aussi une pièce exceptionnellement très rare, car il n’en existe plus que trois exemplaires au monde. Ce n’est pas moi qui le dis, mais Sylvie De Vesvrotte !

Je me souviens d’avoir été fasciné par ce magnifique livre qui était exposé sur la table de la conférencière. Chacun a pu, à la fin de la présentation, venir le voir de plus près. J’ai pu admirer la qualité des lettres encrées et très régulières et de la mise en page impeccable. Et je me suis attardé aussi sur la beauté des illustrations que le livre contenait.

Pour exemple, une page complète illustrant le Christ dans un décor de débauche, de bordures et motifs ressemblant à des enluminures.

Je me souviens avoir été subjugué par la finesse de cette gravure et je m’étais demandé combien il avait fallu de temps pour juste graver le support qui devait être en bois et pour obtenir cette qualité de travail. Un travail manuel de toute beauté, fait avec des outils rudimentaires à une époque où les machines-outils actionnées avec des ordinateurs n’existaient pas.

Je me souviens et me souviendrai de cette œuvre unique, conçue et fabriquée par des artisans qui étaient déjà de véritables artistes. Et qui a déjà traversé 420 ans d’Histoire.

Je me souviens la color run de 2019. L’ambiance était géniale, on a de bons souvenirs (merci pour les photobomb) bien colorés !

 

Je me souviens…

“Il y a des cours qui m’intéressent et des cours qui ne m’intéressent pas…Entre les deux, la cafétéria !”

 

Je me souviens

à l’atheneum des gaming night avec Cédric, des championnats sur Fifa, des concerts en extérieur où j’ai recroisé Gabriel, frisé, de retour de son Erasmus d’une journée. Oui, oui, d’une unique journée à Bucarest. Il avait fait l’aller-retour pour raisons familiales. Il se sentait mieux à Dijon.

Je me souviens des week-ends d’intégration, ainsi que les journées. Durant l’une d’elles, j’avais une fille sur les épaules pendant que des collègues me poursuivaient avec un balai. (Cela ne faisait pas partie des épreuves).

Je me souviens de la « color run » en tant que participant et organisateur. Mettre des chaussures en toile blanche fut une idée.

Je me souviens d’une exposition avec un arbre, un vrai. La sensibilité au toucher était montrée avec une musique qui s’actionnait quand on caressait ou touchait l’arbre. Les seuls capteurs étaient l’arbre lui-même.

Je me souviens des canapés à l’atheneum. Des siestes à la licence obtenue.

Je me souviens des moments de réflexion que j’ai (pu avoir) devant une image, une odeur : des regards lointains, du toit de Gutemberg ou de Droit-Lettres. Malgré le froid des préfas, les profs y sont sympathiques, on fait copain-copain avec certains, tandis que d’autres sont loin…

Je me souviens que c’est ainsi, on se souvient peut-être de l’incertitude, en apportant notre point de vue, j’aimerais l’avis de Mme Laftus.

Je me souviens du temps court et infini, passé à regarder des images – le sait-elle, sait-elle qu’elle est observée ? cette œuvre d’art…

Quand tu l’as jamais cru, tu ne peux pas voir le volcan. Il y a tellement d’ateliers, que le temps libre est un « quand ?»

Des musiques, des sonorités découvertes, du début de la satiété de la curiosité.

Que l’on ne s’ennuiera jamais, que les activités foisent…

 

Je me souviens,

un jour à l’université. C’était mon premier jour. J’étais assise seule, dans un amphithéâtre en écoutant les instructions de rentrée. Puis, une fille m’a approchée et nous avons commencé à parler : c’est devenu une de mes amies.

Je me souviens de cette ouverture, de cette énergie et de cette originalité chez les personnes. De découvrir des gens avec des centres d’intérêts similaires.

Je me souviens de cette gaieté qui traînait dans l’air aux périodes estivales, de ce silence lors des examens.

Je me souviens de cette nature verdoyante mélangée entre ces bâtiments

structurés : la liberté dans l’enseignement, la joie dans la discipline, la vitalité dans la morosité.

Je me souviens des chambres du CROUS.

Je me souviens des réveils tardifs, de l’alarme.

Je me souviens de la précipitation et du stress quand elle sonnait, avec cette question existentielle : dois-je y aller, ou non ?

Je me souviens que ma chambre était située au milieu de tout. Dans ma chambre, au-dessus de mon lit, se trouvaient casseroles, bijoux, et papier toilette. Bah oui ! Souvent, il fallait se lever et penser à prendre tout ce petit matériel. Et gare à vous si vous oubliiez ! Je me souviens d’être retournée bredouille dans ma chambre à cause d’un oubli. Le pire, c’est quand il est une heure du matin, la fatigue et le sentiment de honte que tu ressens !

Je me souviens de ce départ de cet endroit, pour dire adieu à un chapitre de ma vie et en accueillir un autre.

Je me souviens du parc et de la liberté au milieu des grands bâtiments.

Je me souviens de cette ambiance, de cette gaieté, de cette énergie, et de cette vivacité. Je me souviens des fêtes, de l’entraide, et de la diversité : les scientifiques se mélangent aux artistes, les juristes avec les littéraires, les étudiants avec les professeurs.

Je me souviens de la musique dès l’entrée à l’atheneum, des conversations, des jeux, et des cohues.

Je me souviens être assise lors de ma troisième année en LEA. Nouvelle, j’avais peur de me retrouver seule. Je me souviens de cette intégration et de m’être sentie à ma place.

Je me souviens d’avoir fait des rencontres et des découvertes.

Je me souviens d’avoir pu rencontrer et échanger avec des gens dont les centres d’intérêts étaient les mêmes.

Je me souviens d’avoir aimé la faculté.

 

Je me souviens.

Journée de 6e année, BU dès l’ouverture (8h30). Les bibliothécaires parlent fort ce matin. Mais je ne dirai rien, la dernière fois on m’a dit d’acheter des boules Quiès. Il pleut. Le temps est en accord avec mon année.

Pause-café. Étude encore. Un petit écureuil est passé dans le parc.
Le palmier, emblème des pharmas, gît allongé dans le patio.

J’ai voulu m’acheter un cookie sur un distributeur. Il s’est bloqué. Pas de chance.
Disons qu’il y a des journées plus belles que d’autres. Aujourd’hui, mauvaise pioche !

 

Je me souviens

des heures studieuses à la bibliothèque pour écrire un mémoire, des cafés et gingembres confits partagés avec mon maître de mémoire et de la fierté de le défendre devant un jury.

 

Je me souviens

d’une soirée où les étudiants en lettres s’étaient déguisés en personnages de contes après les avoir découverts et étudiés avec leurs professeurs.

 

Je me souviens

de cette liberté qu’on m’a permis en arrivant à la fac. Je me souviens de tous ces gens qui se regardent, trouvant dans les yeux des autres la même détresse que dans les leurs.

Je me souviens de moi qui observais avec détachement la situation.

Je me souviens de la nuit sans sommeil qui avait précédé mes pas dans ce nouveau monde.

Je me souviens de ce jour où pour la première fois j’ai croisé son regard. J’ai tout de suite su que j’allais en faire mon quatre heures.

 

Je me souviens

un jour à l’université, lorsque je suis devenue amie avec Mino. 8h du matin, j’attends devant les portes, entourée de bancs verts, je suis seule puisque ma seule amie à la fac est absente. Je vois cette personne qui marche avec une démarche qui te laisse penser que tu n’es qu’un insecte en face, son manteau long et noir lui donne une allure d’un démon des temps modernes. Ma cigarette est consumée par ma respiration et mes mains par le froid de cette journée. Je la reconnais : Mino, une personne proche de ma chère amie de l’époque, s’approche après m’avoir reconnue. Elle me sourit délicatement, ses yeux de biche me rassurent mais son aura me paraît si impressionnante :

“Salut” souffle-t-elle toujours avec un sourire discret et des yeux pleins de vie.

Le destin m’a permis, par la suite, de la retrouver quelques heures après cette matinée tout aussi complexe que les autres [matinées]. Nous nous sommes retrouvées dans sa chambre à parler sans aucune connaissance en commun. Nous étions deux simples humains sous leur forme la plus pure, aucune rancœur contre le monde ne venait cacher notre sincérité. Aujourd’hui, nous sommes comme liées par notre amour qu’on ne sait pas définir. Nous avons vécu une vie contre le monde et maintenant nous vivons notre vie contre le monde. Maintenant, je comprends sa discrétion, sa timidité me choque toujours et cette aura me rappelle que derrière chaque personne, il y a un enfant qui ne souhaite qu’une chose : la paix et l’amour.

 

Je me souviens

en 2020…

Quand l’expo “Gabriel ou l’origine du Campus” a été montrée pour la première fois…

Quand j’ai vu les sourires des anciens à la vue des photos d’archives…

Quand les étudiants ont découvert les coulisses de ce grand bâtiment…

Quand les souvenirs revenaient au fil des photos…

Quel bonheur même pour moi, nouvel arrivant d’une poignée d’années, de regarder l’émerveillement et l’étonnement filtrer sur les visages…

…et l’expérience continue toute cette année… Dans les halls de la faculté des Sciences Gabriel !

 

Je me souviens

avoir passé une semaine dans le théâtre, et y travailler

comme on pourrait y vivre. Solliciter les espaces, dedans et dehors,

déranger des objets, en installer d’autres, chercher des usages, manger,

parler beaucoup, documenter ce que nous faisions, espérer quelque chose

de visible et d’entendable, convoquer le passé dans le présent, dénicher

quelque part quelque chose d’un spectacle.

 

Je me souviens

du premier vrai jour de cours, lors d’une pause où je m’enfuyais subtilement par la fenêtre (nous étions au rez-de-chaussée) et ma frayeur à l’entente de mon prénom prononcé par une parfaite inconnue parce que je cite : “tu dégages quelque chose de positif parce que tu souris sous ton masque”. C’est devenu ma meilleure amie de la fac.

 

Je me souviens

du jour de la rentrée, qui était une journée assez stressante. Et j’étais venu en avance pour ne pas être en retard : on devait suivre un plan envoyé par notre professeur principal pour qu’on sache où entrer. Mais la porte indiquée avait une affiche “sens interdit”, ce qui mettait tout le monde dans la confusion. Le stress monta, par peur d’être en retard. Mais ça a permis de faire des rencontres, ce qui a été agréable. Mais bon, je me souviendrais de cette journée.

 

Je me souviens…

En tant qu’étudiante internationale, je dois avouer que j’avais peur de ne pas pouvoir me sentir à l’aise sur le campus de l’université de Bourgogne, vu que j’étais à l’étranger pour la première fois, étudiant dans un pays dont je ne maîtrisais pas la langue au début, et essayant de naviguer dans un univers complètement nouveau avec des défis qui me semblaient insurmontables.

Cependant, je n’ai pas tardé à réaliser que les personnes qui m’entouraient, mes professeurs, mes collègues français et mes collègues internationaux m’ont fait me sentir chez moi, et les défis que j’évoquais sont rapidement devenus des occasions de connaissance, d’amitié, et de découverte de la vie socio-culturelle française. C’est à Dijon que j’ai appris à apprécier la littérature française et à l’analyser d’une manière généralisatrice, à l’aide d’un cours de littérature comparée, où j’ai appris que l’amitié n’est pas subordonnée aux origines des personnes, et que les différences générées par nos contextes culturels divers étaient des raisons de joie et de compréhension, que l’unité se formait dans la diversité.

C’est sur ce campus que j’ai eu la chance de rencontrer des gens qui ont fait de mon séjour un vrai rêve, grâce à leur amabilité, à leur ouverture d’esprit, et à leur sens de l’accueil. En fin de compte, même s’il est évident que je n’étais pas la meilleure étudiante quand il s’agissait de rédiger un commentaire composé, je considère que mon expérience Erasmus m’a enrichie intellectuellement et culturellement plus que nulle autre, à travers toutes les interactions que j’ai eues avec des personnes qui ont réussi à me faire voir l’image de cette université : un endroit multiculturel, avec beaucoup d’opportunités de développement académique et personnel, et où les étudiants occupent le devant de la scène.

 

Je me souviens

du premier jour à l’université quand je suis arrivée, j’ai obligé ma mère à venir avec moi, parce qu’y avait beaucoup trop de monde et beaucoup trop de bâtiments. C’était vraiment le pire jour de ma vie, parce que j’ai toujours étudié dans des endroits beaucoup plus petits avec beaucoup moins de gens, alors ça changeait vraiment trop vite pour moi. Finalement maintenant en mars 2022, je vis ma meilleure vie avec des personnes fantastiques dans des cours où je me sens bien à ma place. Au début, je me levais, j’avais pas envie de venir et maintenant je me lève encore plus tôt pour arriver en avance 🙂

 

Je me souviens

je suis arrivée à l’IUT, stressée mais aussi impatiente de découvrir mon nouvel environnement de travail et mes anciens amis m’ayant suivie dans cette voie.

J’avais la tête pleine de rêves, remplie de métiers qui pouvaient me plaire. Cependant, j’ai vite déchanté en voyant le niveau, qui mine de rien est bien plus élevé que ce qu’on nous avait dit.

Mais bon, peu importe le métier finalement exercé (pas tellement mais bon…on va éviter de déprimer) j’ai rencontré à l’IUT des personnes extraordinaires, qui me font rire, me remontent le moral et sur qui je peux compter.

Et puis mine de rien certains professeurs sont géniaux et vous donnent envie d’apprendre.

 

Je me souviens…

ce 20 septembre 2021, arrivée 20 minutes trop en avance tout comme cette fille : Leah sans savoir qu’elle et deux autres personnes, Lisa et Mia, deviendraient mes meilleures rencontres de l’année. C’est l’occasion de vous le dire encore : JE VOUS AIME.

Je me souviens de cette promo CTCBM, soudée avec des personnes toutes différentes mais pour autant toutes aussi géniales. Une vraie chance d’avoir rencontré ces personnes, elles ont rendu cette expérience incroyable.

Je me souviens du seul garçon de la classe, mais pour autant adorable et je tiens à dire qu’il s’en est plutôt bien sorti avec une promo menée par la gente féminine.

Je me souviens de ces restaurants, bowling, ces soirées avec une classe fantastique. Une de mes meilleures années d’études avec vous, certainement beaucoup trop courte…

Je me souviens de nos musiques : Pepas de Farruko et Friday de Riton, Nightcrawlers, Mufasa et hypeman, Dopamine.

Je me souviens des expressions : « bon bah je vais me faire foutre » et « tip top » extrêmement bien interprétées par Agathe. Ou encore « moi chui un gros chien moi » créé par Valentin (seul homme de cette classe).

Je me souviens de Julie et de son admiration pour le ciel notamment des couchers de soleil.

On se souvient tous de cette femme de ménage bien casse-pied qui nous laisse un souvenir de son passage dans nos couloirs.

Mais ce n’est pas le plus important. Le plus important c’est de ne retenir que le meilleur de cette année aux côtés de ces personnes merveilleuses et espérer garder contact au fil des années.

 

Je me souviens

d’une pièce de théâtre que ma classe et moi devions jouer pour la Saint-Nicolas. Il m’a été demandé de jouer de la guitare pour l’occasion. Une corde a malheureusement cassé lors de la dernière répétition… J’ai alors dû être remplacé en dernière minute.

 

Je me souviens

du jour du partiel de droit au semestre 1. J’étais déjà en retard pour l’examen, c’était le matin, j’ai ouvert mon volet et il neigeait ! C’était un vendredi, je rentrais donc le soir dans ma ville natale, j’avais ma valise et il n’y avait pas de bus. J’ai dû venir à l’IUT à pied, avec ma valise dans la neige, et j’ai failli tomber je ne sais combien de fois.

Au final, c’était une mauvaise journée pour tout le monde, entre les retards, les bouchons sur la route ou encore les voitures enneigées, c’était la « cata ».

Et en plus pour couronner le tout, la prof n’avait pas assez de sujets, il a fallu qu’elle court partout. Enfin bon, des journées comme ça, un peu merdiques, y en a beaucoup trop à l’IUT !

 

Je me souviens

avoir participé à un concours d’éloquence organisé par l’asso de ma promo et y avoir rencontré celui qui deviendra par la suite mon amoureux. Ce soir-là je n’ai pas gagné le concours mais j’ai gagné bien plus que ça.

 

Je me souviens

de ce fameux lundi où, n’ayant pas vu le changement d’amphi, mes potes et moi nous sommes retrouvés en cours de Préhistoire au lieu de littérature anglaise. Grand respect à la fille qui s’est enfuie en courant après vingt minutes.

 

Je me souviens,

un jour, à l’université, nous avons proposé à notre professeur de suivre le cours dehors car il faisait beau. Il a accepté.

Durant 4 cours de suite le terme “Shrex”, contraction de “Shrek” et “Sex” sans que le prof ne remarque, c’était drôle.

“J’adore la vache, c’est un animal très gracieux”. 8h08, un prof.

“Si je veux voir des yeux vides, j’ai juste à regarder votre classe”. Un prof.

Nous avons fait des débats durant les deux derniers cours du premier semestre de cette année. Nous devions circuler dans la salle et nous arrêter d’un des deux côtés de la salle (un signifie oui et un autre non) selon notre pensée. Ou au milieu si on ne savait pas.

 

Je me souviens

de cette sculpture d’influence cubiste aux couleurs chatoyantes représentant un anti-robot trônant sur l’esplanade de l’université.

Je me souviens de Pénélope le chat emblématique de l’université cherchant de l’affection auprès des étudiants.

Je me souviens de son maître posté à l’accueil du hall du bâtiment Droit Lettres nous demandant où elle était passée.

Je me souviens des cours de finances publiques se tenant à l’IAE que je suivais uniquement car j’aimais beaucoup la prof qui était aussi cool qu’intelligente.

Je me souviens avoir croisé dans les couloirs de l’université après la nuit tombée Vincent Thomas notre brillant prof de droit des sociétés ; petits fours, caisse de vins de bourgogne sous le bras, content de prendre l’apéro avec ses collègues !

Je me souviens du très attachant lutin farceur vêtu de son trench noir rappelant sa robe d’avoué ; l’âme de la fac de droit, entrain de cloper ses Malboros sur la passerelle extension-Lettres.

Je me souviens de ces interminables heures passées à la BU Droit-Lettres avec mes copains pour préparer les travaux dirigés et les partiels.

Je me souviens avoir sauvé la vie d’un étudiant faisant une crise d’épilepsie à côté des voies du tramway de Montmuzard.

Je me souviens avoir assisté à un concert de rock sur la butte de l’Atheneum.

Je me souviens des cours de tango embrasés pris dans la salle de danse du SUAPS.

 

Je me souviens

du panini poulet qui est toujours en rupture de stock et de la console de PS4 toujours monopolisée par les 3e années

Je me souviens de l’amphithéâtre romain

 

Je me souviens

de la douceur des frites de patate douce et de la générosité des sandwiches.

Des repas entre copains au soleil dans l’herbe

Du stress des partiels et du relâchement une fois terminés

Des journées remplies de CM interminables

Du merveilleux week-end d’intégration.

 

Je me souviens

quand, au début d’un cours, en déballant mes affaires, j’ai remarqué un petit asticot sur mon sac et je me suis effrayée fort. Tout le monde s’est retourné vers moi, et mon amie à côté de moi a voulu l’enlever de mon sac sauf qu’elle l’a envoyé sur moi sans faire exprès. On a toutes les deux crié. C’était vraiment très drôle. J’étais nouvelle dans la classe et je crois que c’est comme ça que la plupart de la classe a découvert mon existence.

 

Je me souviens

d’un moment du quotidien durant lequel je patientais dans une queue interminable. La cause de cette attente : l’inscription pour le Campus Coloré. Comme à chaque fois, l’inscription en ligne ne fonctionnait pas à cause de mon numéro de téléphone allemand.

Je patientais, donc.

Dans l’attente, quelqu’un m’a demandé si c’était bien la queue pour l’inscription. Nous avons discuté un peu.

Ce moment marquait le début d’une amitié magnifique entre Niccolo et moi.

Maintenant que mon semestre à Dijon est terminé, nous sommes toujours en contact.

Un jour, je lui rendrai visite en Italie !

 

Je me souviens…

Mon plus beau souvenir de cette année fut le repas de midi avec mes copines. Cela nous permettait de partager entre 2 classes, de s’entraider et d’oublier nos soucis.

 

Je me souviens

d’un cours de littérature française avec Monsieur Pauly. Nous écoutions notre professeur quand quelqu’un a crié : “il y a un mec déguisé en sous-marin !” tout le monde s’est rué à la fenêtre. Des étudiants faisaient une représentation – je ne sais pas de quoi d’ailleurs – et effectuaient une chorégraphie sur le campus, diffusant en fond sonore des bruits de vagues et des cris de goélands. Je me souviens être sortie sur le campus, avoir regardé Monsieur Sous-Marin et avoir pensé qu’il avait l’air compressé dans son hublot. Cela m’a amusée et mis de bonne humeur pour toute la journée. Alors, quoi qu’ont voulu dire ces étudiants, merci à eux !

Je me souviens de Madame Fougère qui m’a fait découvrir le roman d’Emile Zola l’Œuvre, mon roman préféré de Zola, un chef d’œuvre. J’ai passé beaucoup de temps à le lire un peu partout. Merci pour ces moments !

Je me souviens avoir dégusté avec joie de l’escalope de poulet en sauce avec des brocolis et du riz, dans une boîte en carton type pasta box, lorsque pendant la pandémie les repas coûtaient un euro pour les boursiers et étaient servis à emporter. J’aimais prendre ma pasta box et partir m’asseoir dans l’herbe ou au dernier étage du grand bâtiment pour regarder la vue. C’était bien plus agréable que de manger dans le self bondé. Comme quoi, pendant la pandémie, il y avait des bons côtés !

Je me souviens de toutes ces heures passées à la bibliothèque, à flâner dans les rayons, à toucher et à ouvrir tous les livres pour garder une phrase, la réciter, la photographier. Je me souviens du vertige : tellement de livres, je ne savais pas que choisir ! Tous ces mots, toutes ces histoires posées sur des étages, toutes ces pensées, toutes ces vies… Je ne voulais en manquer aucune.

Je me souviens, lorsque les cours ont repris en présentiel, que les étudiants ont commencé à affluer sur le campus. Les conversations, le brouhaha, les baskets, les jupes, les jeans, les sacs à dos, les porte-documents, les cigarettes, les gobelets de café, les corps étendus sur la pelouse, les gens qui font la queue pour aller aux WC, au self, dans les escaliers, les amphithéâtres remplis… Tout cela a repris, le campus a repris vie, après tant d’heures passées à être vide.

Je me souviens des fricadelles du camion belge qui vendait sur le campus des cornets de frites et des spécialités du Nord de la France. Je me souviens m’être assise après les cours dans l’herbe, à regarder les gens passer, à me lécher les doigts en me délectant de mon drôle de festin, pensant à cette réplique dans le film Dikkenek en admirant ma fricadelle : “Ah ben c’est sûr y’a pas de porc là-dedans mais si tu donnes ça à un chien il le mange pas !”

Je me souviens des livres que j’ai lus à la bibliothèque, qui m’ont frappée, qui m’ont fait réfléchir. Je me souviens avoir passé des heures sans voir le temps passer, assise sur un des canapés. À sortir de la bibliothèque parfois lorsque la nuit tombait, à avoir le tournis, à allumer ma cigarette et à me sentir riche de tout cela. Riche d’avoir le droit de lire, d’étudier, d’aller où je veux et de penser exactement ce que je veux.

Je me souviens lorsqu’une amie m’a rejoint sur le campus, c’était encore pendant la pandémie. On avait pris des repas à emporter, on s’est allongées dans l’herbe, posant nos vélos à côté de nous. Il faisait très chaud. Les cours n’avaient pas encore repris complètement en présentiel mais il y avait plus de monde sur le campus et la joie des étudiants se ressentait. Avec mon amie, nous parlions de notre avenir, de nos incertitudes qu’ont beaucoup d’étudiants. Mais j’étais certaine que nous étions sur le bon chemin.

Je me souviens avoir découvert avec émerveillement le café de l’Atheneum, ses cappuccinos délicieux, ses Paris-Brest ! Tant de matins et d’après-midi après les cours à venir m’assoir sur une table et déguster un bon café et parfois une pâtisserie. Je me souviens lorsque j’ai compris que les pintes jaunes que buvaient les gens n’étaient pas des limonades ! Je me souviens du gérant du café, le monsieur aux lunettes si gentil et de toutes les jolies et gentilles serveuses.

Je me souviens de la salle de sport du SUAPS et des sorties kayak, de supers souvenirs avec des gens tous plus sympas les uns que les autres, venus de partout.

Je me souviens des matins froids et ensoleillés, lorsque j’arrivais sur le campus, encore pas tout à fait réveillée mais tellement heureuse de voir le campus déjà vivant. Tous ces étudiants qui se dirigeaient vers les bâtiments ou qui attendaient leurs amis sur les bancs verts, le soleil qui illuminait les pavés.

 

Je me souviens

avoir découvert de nouveaux visages après la chute des masques et des cours en visio avec des profs énervés !

 

Je me souviens

du Color Run dont je n’ai toujours pas lavé le T-shirt.

Je me souviens du concert de l’Orchestre de la fac dans lequel un ami a joué du saxophone

Je me souviens de Mathilde

Je me souviens des cours à distance pendant le confinement avec mon chat sur mes genoux.

 

Je me souviens

du jour où j’ai mangé un merveilleux sandwich poulet/crudités…quand soudain je me suis cassé une dent ! Autrement dit “une quenotte”. J’ai dû vivre en tant que mono-quenotte durant quelques jours… A l’avenir, pensez à acheter du pain moins cuit !

 

Je me souviens

des matinées où la tiédeur de ma couette évinçait la rigidité du banc d’amphithéâtre, des après-midis où la chaleur de l’amitié et de l’amour supplantait les notions sérieuses.

Je me souviens du surprenant groupe de 9 que nous formions en L1. L’année suivante nous n’étions plus que deux en L2 et c’était très bien aussi.

Je me souviens des belles personnes rencontrées qui sont toujours aussi belles aujourd’hui.

Je me souviens que je n’ai sans doute pas assez profité des années universitaires. C’est pourquoi je me suis réorienté trois fois et me réoriente encore.

Je me souviens du sandwich de Fino

 

Je me souviens

de tous les cafés bus et toutes les machines à café découvertes partout sur le campus qu’on jugeait seulement au goût de leur café noisette

 

Je me souviens

du coucher de soleil sur le campus, dans le brouillard dijonnais.

 

Je me souviens

de M. H, qui nous demande si on a déjà manifesté ou enfreint la loi, et qui est indigné que ce ne soit pas le cas.

Je me souviens de la création de notre asso étudiante, de l’excitation et de la motivation palpable.

Je me souviens de la « color run », de ces couleurs et cette joie.

Je me souviens de la manif des étudiants fantômes, des discours, des visages fermés, de l’atmosphère pesante.

Je me souviens des profs passionnés, des sourires de mes potes.

 

Je me souviens

d’une théorie selon laquelle les Allemands sont toujours à l’heure, voire en avance…

Mais je me souviens également de Paul, Léa et Simon, toujours en retard !

Je me souviens un jour, à l’atheneum, lors du bal Festidanses, avoir passé un moment inoubliable. Nous dansions tous ensemble, en cercle, des danses country, orchestrées par Nora, tout le monde souriait. Il y avait une très belle énergie, je n’ai pas vu le temps passer. C’était pendant le festival Danse à l’université.

Je me souviens, un jour, à l’atheneum, avoir dansé jusqu’à ne plus penser, danser comme je le souhaitais, chacun était libre et connecté à la fois. C’était pendant le 300 BAL, organisé par Marine Colard, lors du festival Danse à l’université, dont elle était la marraine.

Je me souviens qu’il y avait un tapis rouge devant l’entrée du centre culturel, surplombé par deux arbustes fruitiers en fleurs. C’était le jour de l’ouverture du tricentenaire de l’université de Bourgogne.

Je me souviens, un jour, à l’université, à la fin de l’été 2021. Le festival Novosonic se déroulait à l’atheneum, des centaines de personnes étaient rassemblées sur l’esplanade pour le Color campus. L’herbe était recouverte de poudres de toutes les couleurs.

 

Je me souviens

de moi, allongée sur mon lit en chambre universitaire dans le bâtiment Buffon, de mon voisin qui hurle contre son ordinateur, ayant probablement perdu à son jeu, des gens qui courent dans le couloir pour je ne sais quelle raison… Une envie pressante, du lait sur le feu… que sais-je ?

Je me souviens d’ailleurs de ces odeurs de cuisine dans le couloir à toute heure de la journée, de mes allers-retours, papier toilette à la main, pour aller aux WC, des douches des 4 étages, que j’ai toutes testées pour en établir un classement (pour les curieux, c’est celle du deuxième étage, au centre, la meilleure).

Je me souviens des agents d’entretien qui viennent cirer le lino à 9 h du matin, alors que je suis enterrée sous mes couettes, tout endormie.

Je me souviens du brouhaha de la cafétéria.

Je me souviens du réveil qui sonne bien trop tôt le matin et du plaisir coupable de l’éteindre, sacrifiant un CM contre une grasse matinée bien méritée.

Je me souviens de la pluie dans les amphis alors qu’il faisait grand soleil dehors, de tous ces étudiants tapotant en chœur sur leur clavier d’ordinateur.

Je me souviens d’un soir, dans un amphi vide, après qu’un cours se soit retrouvé annulé. Avec une amie, je suis restée deux heures durant à prétendre être prof et à courir sur les tables.

Je me souviens du concert de Novosonic à l’atheneum, de la foule, des lumières et de la musique qui transperçait mon corps.

 

Je me souviens

de ce prof de journalisme, M.E.H, qui m’a permis de confirmer mon envie de devenir journaliste grâce à la vie qu’il amenait dans ses cours et sa passion, qu’il savait transmettre, mais aussi de tous les conseils de vie qu’il pouvait donner.

Je me souviens de Salima, celle qui avant était seulement une dame du R.U. et qui est devenue Salima, que j’ai vu presque tous les midis et qui remettait un coup au moral pour poursuivre le reste de la journée, avec seulement quelques mots.

Je me souviens de tous ces gens engagés dans toutes ces associations qui font vivre le campus et créer du lien entre tous les étudiants. Qui, à leur contact, donnent l’envie de s’engager à leurs côtés pour tout un tas de causes pour lesquelles on veut tous s’unir.

 

Je me souviens,

un jour où je ne connaissais encore personne ; c’était le début de l’année. Et une fille que je voyais dans l’amphi et dans mon groupe de TD mais à qui je n’avais jamais parlé. Ce jour-là elle est venue me parler puis m’a proposé de manger avec elle et son groupe d’amis. Ce jour-là j’ai rencontré des gens géniaux qui m’ont fait passer une merveilleuse année remplie de moments de joies, de rires.

 

Je me souviens,

un jour, de la venue de plusieurs secouristes pompiers car un étudiant avait eu de grosses douleurs respiratoires pour avoir “sniffé” du cyanure dans l’un des laboratoires de chimie. Ce fut un moment original.

 

Je me souviens

des après-midis que j’ai passées sur la pelouse du campus. On a bien profité du soleil, on jouait aux cartes, on mangeait et on rigolait beaucoup. Je me souviens également de mes derniers jours en France, juste avant Noël, que j’ai beaucoup appréciés : des étudiants ont récolté des dons pour les enfants démunis, il a neigé et nous avons même organisé un marché de Noël allemand.

 

Je me souviens

du récital de piano le 4 mai à l’atheneum. J’ai 6 ans. Je m’appelle Andréa. C’était super !

 

Je me souviens

d’aujourd’hui, 13 mai 2022 – les 21 ans de l’Experimentarium. Littéraire, les sciences, ce n’était pas du tout mon truc. Et puis, j’ai rencontré mon compagnon qui travaillait avec les chercheurs. La curiosité ravivée, je porte de nouveau de l’intérêt pour elles : les sciences. Car elles concernent tous les domaines – même les miens. Je m’inspire, je m’influence de tout. De la biologie à l’histoire – de l’histoire aux sciences humaines. Cette initiative a depuis plus de deux décennies ouvert l’intérêt du grand public à la vulgarisation scientifique. Le plaisir d’apprendre pour apprendre – et ils font très bien leur mission. Rassembler des esprits dans le chaud du métier et des individus extérieurs à la recherche pour instruire, transmettre, attiser l’envie de connaissances. Merci pour tout.

 

Je me souviens

que j’ai franchi pour la première fois la porte de l’athé quand j’avais 19 ans.

Je me souviens m’être dit que j’allais me plaire là-bas.

Je me souviens des heures que j’ai passées à lire dans les banquettes (rouges si ma mémoire est bonne) et à écouter la bande-son de Campus.

Je me souviens des rendez-vous que j’ai donnés là-bas, après, avant les cours, des cafés que j’y ai bus, des amitiés et des amours que j’y ai noués.

Je me souviens des sandwichs, pas chers et pas si mauvais.

Je me souviens des concerts, des spectacles, de ceux que j’ai vus, de ceux que j’ai joués.

Je me souviens que mes 19 ans sont encore un peu là-bas.

Et pas que.

 

Je me souviens

de la soirée jeux du CROUS, du blindtest où on a passé la soirée à jouer, rire. L’ambiance était vive, bien. Les vendeurs étaient super gentils.

 

Je me souviens

des étudiants très jeunes très fragiles

je me souviens de ce premier stage

un stage de théâtre quelle idée

je me souviens de leur belle timidité

je me souviens de leurs corps qui se sont déployés

de leurs voix, de leurs joies

je me souviens de la déambulation du public dans les bureaux de l’atheneum, où les étudiants ont joué leurs movie-movie ou micro-solos

je me souviens du public dans la pénombre des lampes qu’ils avaient installées eux-mêmes

je me souviens de leur audace et de leur talent

je me souviens des autres stages et du monde entier qui arrive sur le plateau de l’atheneum

des étudiants fraîchement arrivés du continent africain

je me souviens, c’était comme si la rumeur du premier movie-movie avait aboli les frontières.

 

Je me souviens

du 4 mai 2022 et du lièvre de l’université, qui habite et anime régulièrement le campus.

Le matin, quand j’arrive au travail, nous nous croisons (avant 8 heures).

Aujourd’hui je le vois fuir à grande vitesse, il passe devant la maison de l’U., tourne entre l’atheneum et la BU droit-lettres et vient se reposer derrière celle-ci.

Je le vois qui reprend son souffle. À la prochaine…

 

Je me souviens

que tous les midis nous allions manger à l’atheneum avec l’une de mes meilleures amies qui était en PACES et moi en Droit.

C’est là-bas que nous avons eu nos meilleurs fou-rires.

 

Je me souviens,

lors de la fête de printemps du département d’Allemand, à l’atheneum, nous étions en train de chanter l’hymne européen et une personne du public s’est levée pour se rendre à l’intérieur et s’est pris la porte. J’ai malheureusement été témoin de cette scène et me suis mise à rire sans pouvoir m’arrêter…et surtout sans pouvoir continuer à chanter !

 

Je me souviens

avoir été frappée par le silence qui régnait à la BU. C’était à la fois intimidant et très confortable.

 

Je me souviens m’être étonnée de trouver de la moutarde dans les burgers du resto U ainsi que dans plusieurs entrées. Dijon, capitale de la moutarde, ce n’est peut-être pas tant un cliché que ça, finalement.

 

Je me souviens

que tout est une question de contexte (spéciale dédicace d’une artiste au directeur et au régisseur général de l’atheneum)

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